Locarno Festival

Les marivaudages de Hong Sang-soo

Le prolifique cinéaste coréen est de retour à Locarno, où il avait remporté un Prix de la mise en scène en 2013 et le Léopard d’or en 2015. «Gangbyun Hotel» est son 23e long métrage

Deux femmes et trois hommes pour une succession de séquences bavardes où il sera question des relations amoureuses et familiales… Gangbyun Hotel, le nouveau film de Hong Sang-soo, ne surprendra pas les familiers de son cinéma. Plans fixes avec de brusques effets de zoom, scènes qui s’étirent dans la durée, jeux sur les cadres dans le cadre (fenêtres, portes, etc.): rien de révolutionnaire, a priori. On sait le cinéaste coréen influencé par le cinéma français – on cite souvent Rohmer et Bresson. Il rend cette fois hommage à Godard à travers un générique parlé rappelant celui du Mépris. On y apprend que Gangbyun Hotel a été tourné entre le 29 janvier et le 14 février derniers. Hong tourne vite et avec peu d’argent. Il s’agit de son 23e long métrage depuis 1996.

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Présenté l’an dernier à Cannes, Le jour d’après le voyait signer une tragicomédie en trois actes. Le film avait une dimension autobiographique puisque il y racontait une histoire d’adultère en dirigeant sa propre maîtresse, la comédienne Kim Min-hee, que l’on retrouve ici. Kwon Hae-hyo, qui tenait le rôle principal du Jour d’après, est lui aussi à nouveau de la partie. La petite économie du cinéma de Hong passe aussi par l’idée de troupe. Sa manière très spontanée de travailler plaît aux stars du cinéma coréen, qui, malgré un salaire moindre, trouvent dans ses films une liberté salutaire.

Resserrement temporel

A l’instar du Jour d’après, Gangbyun Hotel propose un noir et blanc très contrasté. Les deux films ont été tournés l’hiver, l’absence de couleurs soulignant la dimension intemporelle de leurs récits, tout en leur donnant une touche mélancolique. Mais là où Le jour d’après jouait sur des ellipses, Gangbyun Hotel se déroule sur vingt-quatre heures, dans un hôtel où un poète retrouve ses deux fils tandis qu’une jeune femme se remet d’une rupture sentimentale avec une amie. Paradoxalement, ce resserrement temporel affaiblit le récit, rendant certains enjeux – comme le désir de séduction d’un homme en fin de vie – trop ténus. Primé au Locarno Festival en 2013 et 2015, Hong devrait cette année, logiquement, repartir bredouille.

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