En son salon, la Comtesse a cru connaître la félicité. Une délivrance, mieux, les prémices du bonheur. A La Cuisine du Théâtre de Carouge, l’hallucinante Brigitte Rosset vient de céder au Chevalier, incarné par cette féline de Rébecca Balestra – l’instinct du jeu. D’un bond, elle s’est levée de son pouf, comme on lâche les amarres: «Je vous épouse.» A cet instant de La Fausse Suivante, on chancelle. Car telle est la beauté de ce Marivaux rêvé et empoigné par Jean Liermier: sous le brio de la manœuvre et la jouissance d’un stratagème bien conduit passe le chant d’un amour perdu, remonte l’eau noire d’un désenchantement.

Admirez alors comment Brigitte Rosset joue le ravissement de la Comtesse. Elle tremble, c’est une colombe dans la bourrasque, désarmée dans son habit crème, robe de bourgeoise chic des années 1950 plus que d’aristocrate. Dans cette pâmoison, elle ignore le goût de l’amertume. Qu’on ne lui parle plus du beau Lélio, auprès de qui elle s’était engagée par contrat! Qu’on ne lui fasse pas la leçon sur sa réputation et sa fortune, qu’elle vient de compromettre! Qu’importe soudain le prix à payer: ces 10 000 livres dont devra s’acquitter celui qui rompra la promesse de mariage. Ne l’importunez plus avec l’histoire de ce dédit. Elle n’entendra rien.