Marivaux, précurseur de la science-fiction. C’est ce que suggère, à la lueur d’une lampe-tempête, Valentin Rossier. Le comédien et metteur en scène genevois projette L’Ile des esclaves dans une clinique, où règne un docteur à la neurasthénie goguenarde – Valentin Rossier lui-même, en blouse blanche. Ce manipulateur d’affects s’appelle Trivelin, le chef des esclaves dans cette comédie de 1725.

Science-fiction? Oui, si on considère que Marivaux, 37 ans à l’époque, expérimente d’une pièce à l’autre des scénarios qui sont autant de révélateurs de la psyché de ses contemporains. Et que chacun de ces protocoles est la matrice d’une fiction. Sur les bancs de La Tour Vagabonde, tandis que le jour tombe en rafales glacées sur le parc Trembley à Genève, on assiste bien à une expérience psychosociale. Et le plaisir qu’on y prend tient autant à cette optique voulue par Valentin Rossier qu’à l’agilité de ses interprètes.