photographie

Markus Brunetti: «C’est un défi technique à chaque fois»

Avec des centaines voire des milliers d’images par façade, Markus Brunetti tente de montrer les édifices tels qu’ils ont été dessinés par leurs architectes. La perspective est frontale et inédite – impossible d’arriver à ce recul avec une seule prise, le ciel toujours gris, les humains et leurs traces totalement absents

Markus Brunetti: «C’est un défi technique à chaque fois»

Depuis dix ans, Markus Brunetti photographie les églises et cathédrales européennes. Avec des centaines voire des milliers d’images par façade, il tente de montrer les édifices tels qu’ils ont été dessinés par leurs architectes. La perspective est frontale et inédite – impossible d’arriver à ce recul avec une seule prise, le ciel toujours gris, les humains et leurs traces totalement absents.

Samedi Culturel: Pourquoi ce projet?

Markus Brunetti: Je travaille dans la photographie depuis trente ans, j’ai été un pionnier des manipulations numériques. Je voulais sans cesse aller plus loin et un jour, j’en ai eu assez; je me suis dit que ce n’était pas la seule chose que je voulais faire de ma vie. Avec ma compagne, nous avons quitté notre maison, aménagé un camion et décidé de créer quelque chose en voyageant. Egalement photographe, elle travaille sur la non-perspective avec un scanner. Moi j’ai choisi les églises parce qu’on en croise partout. Cela fait dix ans que je ne fais rien d’autre. Nous avons injecté toutes nos économies dans ce projet. Cela commence à marcher, ce qui me permettra de continuer.

Comment travaillez-vous?

Je vais au-delà des lois classiques de la photographie. Je travaille plutôt comme un peintre et veux officier dans le respect de l’architecture. Mes images retranscrivent le dessin originel de l’architecte, or il est impossible d’avoir ces perspectives aujourd’hui, faute du recul nécessaire. Dès lors, je prends des centaines ou des milliers d’images par édifice. Regardez, vous voyez des cartes postales, mais en réalité, ce sont des livres; on peut lire dans ces photographies tant il y a de détails. Chaque façade représente 1000 ans d’histoire. La prise de vue peut durer des semaines, voire des années! A Cologne, j’ai commencé en 2007 et terminé en 2014 parce qu’il y avait toujours une partie de la cathédrale en rénovation. Ensuite, j’assemble toutes les images, mais je ne déplace rien, chaque pierre est à sa place. Enfin, il y a un immense travail de retouche pour ôter les fils électriques et tout ce qui enlève de la pureté au bâtiment – cela prend plusieurs mois.

Etes-vous croyant?

Je suis un oiseau libre. Ce projet n’a rien à voir avec la religion. Mon père, qui était architecte, m’emmenait voir tous ces édifices. Cela m’a donné envie de les appréhender en photographie.

Et vous ne vous lassez jamais?

Je ne m’ennuie pas, c’est un tel défi technique à chaque fois. J’ai quelques petits projets à côté, mais toujours dans l’idée de m’aider à réaliser celui-là. Par exemple, je travaille en ce moment sur les objets de croisière, pour mieux contrôler les perspectives. J’ai par ailleurs commencé les synagogues et les mosquées. J’aimerais me rendre à Saint-Pétersbourg et Istanbul, puis en Amérique du Sud et pourquoi pas dans des temples asiatiques. Je suis occupé pour cinq vies!

Markus Brunetti, «Façades», Grande Halle, jusqu’au 20 septembre. Livre aux Editions Markus Hartmann, 23 x 27,6 cm, 72 p., 2014 .

Publicité