Avec Markus Raetz, le spectateur n'est jamais sûr de ce qu'il voit. Tout peut changer pour un oui ou pour un non, laisse entendre l'artiste bernois (né en 1941). A Genève d'ailleurs, sa sculpture, sur la place du Rhône, le démontre avec astuce. Selon que le passant arrive d'un côté ou de l'autre, les trois volutes alignées au haut d'un mât se lisent précisément OUI ou NON. Dans la rétrospective que lui consacre le Kunsthaus d'Aarau, telle silhouette de lapin se transforme en buste de Joseph Beuys et vice versa, en fonction des mouvements du visiteur autour de cette petite sculpture fixée sur une sellette. Elle rappelle que beaucoup dépend du point de vue.

La rétrospective montre combien l'intérêt de Markus Raetz pour cette question a été influencé par le médium de la photographie. L'exposition a été conçue par la Maison européenne de la photographie à Paris, et a été présentée lors du Mois de la photographie 2002. Reprise ici dans une version augmentée, elle souligne la fascination de l'artiste pour des procédés d'impression.

L'usage du Polaroïd et des instantanés lui a facilité des visions en séquences. Et la dualité de tirages en négatif et en positif lui a inspiré des œuvres prenant en compte l'incidence des rayons lumineux. Ainsi a-t-il réalisé des travaux d'un doigté et d'une élégance particuliers en faisant apparaître des visages par écrasement des vaguelettes d'un carton ondulé ou brossage de morceaux de velours dans un sens et dans un autre. Mais tout n'est pas qu'affaire de situation physique, de déplacement corporel ou de mécanique cinétique.

Parfois intervient l'aléatoire. Comme dans le cas de ces quelques formes suspendues, animées par le souffle d'un ventilateur, qui enchaînent les mimiques sans cesse renouvelées d'un visage. Il y a aussi le point de vue psychologique. Dans Zeemansblik (1987), une tôle de zinc astucieusement pliée et découpée en forme de binoculaire de jumelle, chacun voit le reflet de paysage qu'il veut bien. Ce que Raetz ne cesse de faire, c'est d'interroger le regard, en l'interpellant à propos des illusions de l'image et de l'imaginaire.

Markus Raetz. Nothing is lighter than light. Aargauer Kunsthaus (Aargauerplatz, Aarau, tél. 062/835 23 30. http://www.aargauerkunsthaus.ch). Ma-di 10-17 h (je 20 h). Jusqu'au 28 août.