Il faisait bon s'appeler Patrice, en France, lors de la sélection berlinoise: Patrice Leconte avec «Félix et Lola» et Patrice Chéreau avec «Intimacy» tourné en Grande-Bretagne et en anglais mènent en effet, en compétition, une représentation hexagonale, complétée par une Catherine (Breillat) et un Jean-Jacques (Annaud, lui aussi en anglais ce qui n'a pas manqué de faire tiquer certains critiques). Deux Patrice, deux anglophones et, à la chasse aux points communs, deux regards (Breillat et Chéreau) qui n'ont pas froid aux yeux en ce qui concerne «la chose». Disons «la chose», parce que leur liberté dans le filmage, frontal, des sexes d'hommes n'a d'égal que les remarques désobligeantes et les geignements exaspérés d'une grande partie du public berlinois, manifestement plus habitué aux flous qui n'ont souvent d'artistiques que le nom.

Tels ceux d'Annaud qui parvient à glisser une scène d'amour physique sous couverture dans un dortoir de «Stalingrad». Tels ceux de Leconte qui fait dans l'abstrait avec l'attirance de Félix pour Lola dans «Félix et Lola» mais atteint surtout à l'abscons, à la coquille vide, sorte de «Mari de la coiffeuse» sans chair sur les os.

Breillat et Chéreau, par contre, qui ont la grande qualité d'être curieux au-delà de la surface, ne se gênent pas pour titiller Berlin et lui prodiguer, au passage, un cours d'application de préservatifs sur organes bien vigoureux. Et c'est, ainsi qu'hier, après la projection de l'envoûtant «Intimacy» de Patrice Chéreau, récit douloureux d'une liaison adultère, qu'est apparue la vacuité d'«A ma Sœur» de Catherine Breillat (de même que de son précédent «Romance»). Chéreau, lui, ne considère pas que filmer un sexe est un exploit artistique. Au lieu d'engager, comme Breillat, de mauvais acteurs qui acceptent de tout montrer, il préfère de grands comédiens pour qui tout geste devient un acte vital. n