«Bamboozled» signifie «se faire rouler dans la farine», «se faire piéger». C'est aussi le titre du dernier brûlot de l'Américain Spike Lee, cinéaste qui partage avec Catherine Breillat la qualité et les défauts de la monomaniaquerie: elle témoigne sur les affres du sexe, lui milite pour la place des Noirs dans la société américaine. Un cinéma politique, qui porte lui aussi (lire ci-contre) les stigmates de son unilatéralité et même de son intolérance.

Avec l'histoire d'un Afro-Américain qui invente, pour une grande chaîne de télévision, une émission à succès truffée, ironiquement, des clichés racistes véhiculés par le petit et le grand écran (deux nigauds au visage noirci volent des poules en dansant des claquettes dans une plantation de coton), Spike Lee tient son meilleur film depuis longtemps. Plus léger en moyens (tourné en vidéo numérique), il est aussi plus ouvert à la contradiction et plus émouvant.

A mille lieues, finalement, de son réalisateur en rage perpétuelle, comme purent l'expérimenter en conférence de presse les journalistes qui osèrent des questions. Pour lui, la cause noire en Amérique n'a pas évolué depuis des siècles. «Demandez aux Noirs qui ont voté en Floride l'an dernier! Dans les médias, l'imagerie sur les Blacks n'a pas changé: allez voir à quoi servent les Noirs dans des films comme Family Man ou La Ligne verte!»

Un journaliste tente: «En tant que cinéaste politique…» Mais Spike Lee le coupe: «Vous partez du mauvais pied. Cinéaste politique! Comment pouvez-vous décrire quelqu'un avec un seul mot? J'ai fait 15 films en 15 ans et je ne rentrerai pas dans ce jeu. Vous pouvez oublier votre question.» Oserait-on lui dire, après ça, que son film est plutôt, disons, pour autant qu'il nous passe l'expression, réussi?

*Cette chronique relate les coulisses du 51e Festival international du film de Berlin.