La Berlinale proposait hier deux portraits de femme: Malena de l'Italien Giuseppe Tornatore et Wit de l'Américain Mike Nichols. Pour Tornatore, petit maître de la nostalgie (Cinema Paradiso), il s'agit d'évoquer un éveil à la beauté des femmes. Ci-devant l'observation par Renato, 13 ans, de Malena, la plus belle des Siciliennes en 1940. Dans ce village au bras levé devant le Duce, voici donc Malena (Monica Bellucci), veuve, bientôt prostituée, puis collabo, rasée et, enfin, sauvée. Tornatore a souhaité «faire un film sur la haine que suscite la beauté». Le problème, c'est qu'il se cache derrière un regard infantile pour passer outre des questions comme le fascisme ou la collaboration. Faut-il vraiment tout oublier pour construire un hymne à la beauté?

De leur côté, Mike Nichols (Le Lauréat) et Emma Thompson – immanquable Prix d'interprétation – ont adapté la pièce de Margaret Edson dont Jeanne Moreau avait tiré, l'an dernier, sa première mise en scène sous le titre Un Trait de l'esprit. La trame est crue: Vivian Bearing, professeur de littérature, subit une chimiothérapie radicale, mais exprime sans relâche, face au spectateur, le fil de ses pensées. Elle n'oublie rien des saloperies de la vie, de sa vie. L'intolérance, la bêtise: Vivian avoue tout. C'est sa beauté à elle, son immortalité annoncée.

Tornatore, un peu comme Jean-Jacques Annaud, croit pouvoir faire un cinéma amnésique où les rasés, collabos de la perte de mémoire, deviennent des bustes en bronze. Emma Thompson et Nichols, eux, redonnent du pouvoir aux mots. Car penser et se souvenir, c'est accepter sa propre altérité, élément auquel Tornatore préfère le colin-maillard.

*Cette chronique relate les coulisses du 51e Festival international du film de Berlin.