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«Marseille», événement de Netflix, série déjà vieille

Le géant de la fiction sur le web dévoile sa première série française. Laquelle semble avoir été flétrie avant même d'exister. Si les auteurs se défendent d'avoir fait une fiction politique, la comparaison avec «Baron noir» est assassine. Notre critique

Netflix n'aime pas ce qui date. Le robinet à images en ligne veut du frais. Lors de son lancement en Suisse, le patron Reed Hastings lançait au «Temps», qui l’interrogeait sur l’absence d’œuvres de plus de 20 ans dans le catalogue : «Vous surestimez le goût du public pour les vieux films. Il ne s'y intéresse pas.»

Et voici que pour sa première série française, «Marseille», Netflix fournit un feuilleton déjà fripé, vouté. Gérard Depardieu tempête, Benoît Magimel machiavélise à tout crin, les autres acteurs prennent quelques risques, mais rien n'y fait. Avec son indigeste mélange de politique, de famille et de sexe, bien appuyé, «Marseille» semble avoir été une vieille série avant même que d'exister.

Comme sur TF1 il y a si longtemps

«Marseille» représente une incontestable aventure industrielle pour la branche hexagonale. On se demande ce qu'il serait advenu si le scénariste Dan Franck (auteur de la très honorable Les Hommes de l'ombre) avait eu davantage de marge. Mais l'on a entendu le réalisateur Florent-Emilio Siri proclamer qu'il a voulu «amener le cinéma dans les séries», et voici que (presque) tout s'explique: cette flétrissure qui appesantit «Marseille», cette vieille ambition de la télé française, laquelle a si souvent conduit à des produits fadasses et grandiloquents. Du TF1, millésime 1990.

«Marseille» ne sent pas le large, ni le sud, mais la poussière et la crème grasse, comme chez les vieux sous la pendule d'argent. Une odeur sèche et douce à la fois, rassurante, ennuyeuse. La série est lissée. Pour viser l'universel, les concepteurs ont dispersé leur propos dans un air grisâtre.

«Baron noir», celle qui avait le talent

Même s'ils s'en défendent, ils placent bien leur fiction dans le registre politique. Or, parmi les déjà nombreuses critiques négatives qui ont été proférées à l'égard de la série, peu mentionnent «Baron noir». Il y a un léger parallélisme, dans le thème du mentor politique et son poulain en trahison.

Pourtant… La série que Canal+ a montrée en début d'année est sans commune mesure, dans l'intelligence, la pertinence, l'excellence narrative, face à l'expérience provençale de Netflix. Gérard Depardieu vitupérant comparé à Kad Merad en bête politique traquée, le parallèle est assassin – pour le premier, qui se singe, alors que le second endosse et assume une fiction redoutable. Heureusement, Netflix, produit d'autres séries que «Marseille». Fraiches, et de qualité.


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