Martha Argerich n’a pas jamais paru aussi souriante et détendue qu’au concert final du Septembre Musical dimanche à Montreux. Il fallait la voir danser avec nonchalance sur la scène de l’Auditorium Stravinski et souffler dans un sifflet serpentin à la fin du concert. Elle s’est mise au piano pour jouer le célèbre choro Tico-Tico no Fubá avec les jeunes musiciens du Youth Orchestra of Bahia gonflés à bloc.

Une formation de musiciens débordant d’énergie

C’était le point d’orgue d’un concert aux couleurs bigarrées. Beaucoup de gaieté, de tendresse aussi, à l’occasion de ce rendez-vous familial, avec Annie Dutoit (fille de la pianiste et du chef Charles Dutoit) en récitante dans Le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns. D’emblée, le concert était placé sous le sceau du rythme. Les blocs sonores s’animent sous la direction du chef Ricardo Castro (ami de Martha Argerich) dans les danses d’Estancia de Ginastera. Certes, l’orchestre sonne un peu massif, tous les pupitres sur le même plan, mais quelle énergie! Les jeunes musiciens se balancent sur leurs sièges dans la quatrième pièce. Il y a là une ferveur qui fait plaisir à voir.

Le Concerto pour piano No1 de Chostakovitch leur pose davantage de problèmes. Les cordes ne sont pas très unies et l’on relève des approximations. Par bonheur, Martha Argerich s’est avérée magnifique, beaucoup plus sereine que dans le Concerto de Schumann joué il y a dix jours pour l’ouverture du festival. Outre sa virtuosité crépitante, la pianiste argentine développe de très beaux climats dans le mouvement lent. La tendresse, la mélancolie, l’ironie sous-jacente sont magnifiquement rendus. Le trompettiste Helder Passinho Jr est un très bon partenaire, et le finale est incandescent à souhait.

Belle présence scénique d’Annie Dutoit

Après l’entracte, Ricardo Castro s’est mis à son tour au piano pour diriger du clavier le Concerto en sol de Ravel. On admire sa vitalité et sa sensibilité, mais il n’est pas toujours évident de coordonner les musiciens (solos un peu fragiles aux bois dans le mouvement lent). Avec Le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, on retombe en enfance. Annie Dutoit affiche une belle présence scénique et énonce le texte avec clarté. Il est d’ailleurs touchant de voir Martha se retourner vers sa fille. A la fin du morceau les «Tortues», la pianiste et les musiciens font mine de s’assoupir… Et c’est reparti pour des envolées lumineuses en compagnie de l’orchestre galvanisé par les deux pianistes! Un concert magnifiquement festif, couronné par les applaudissements du public.