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Après tant d'années de fréquentation du 1er Concerto pour piano de Beethoven, la liberté de Martha Argerich reste intacte.
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Classique

Martha la joueuse

La pianiste a taquiné le «1er Concerto» de Beethoven avec une joie espiègle dans un Victoria Hall en liesse

Plus l’ombre d’un strapontin libre. Vendredi soir, le Victoria Hall déborde de toutes parts. La lionne aux abois arrive sur scène, comme en cage. Dès le piano rejoint, Martha Argerich s’apaise. Ses amis sont là.

Chambriste hors pair

Charles Dutoit, complice d’une vie, tient la baguette. Le Royal Philharmonic Orchestra est prêt et le clavier, encore muet, attend les premières notes. La pianiste se lance tête baissée dans le 1er Concerto de Beethoven, compagnon de longue date lui aussi. Et c’est la fête. Comme s’il ne pouvait en être autrement, malgré le temps qui passe et les caprices d’un jeu indomptable.

L’attaque est drue, les doigts claquent et virevoltent, particulièrement dans l’allegro scherzando, qui n’a jamais si bien porté son nom de plaisanterie. Les accents tranchants et les gammes montées au fouet capitulent devant la tendresse d’un toucher aérien qui atteint, dans le largo, un sommet de rayonnement.

Quelques échanges lumineux entre le clavier, l’orchestre et la clarinette rappellent quelle chambriste rare est la grande soliste concertante. Le Schön Rosmarin, bis donné en compagnie du premier violon de l’orchestre, le dit mieux que tout.

Presque indomptable

Après tant d’années de fréquentation du 1er Concerto de Beethoven avec les plus grands, la liberté du jeu reste intacte. Elle aurait pu s’émousser. Au contraire. Qu’est-ce qui tient donc Martha Argerich si vivante, joueuse, espiègle et taquine dans son jeu? Probablement le fait qu’elle se maintient toujours sur le fil du rasoir. Entre distance et abandon côté expression, impertinence et fascination côté partitions.

Celle qui n’aime pas jouer seule reste un réel mystère pour tous. Et un problème pour certains orchestres, qui peinent à la suivre tant son allure est imprévisible. Le Royal Philharmonic et Charles Dutoit connaissent bien «l’étalonne» piaffante et galopante. Ils ont pourtant eux aussi parfois du mal à glisser leurs notes sous ses doigts. Mais qu’importe. Le plaisir, lui, ne faiblit pas.

Il en va différemment pour la première Rhapsodie roumaine d’Enesco, charnue, charpentée, au folklore assumé, parfois pesant. Et pour la 3e Symphonie «avec orgue» de Saint-Saëns, à l’éclat saisissant mais aux irrégularités de précision. Les séductions solides de ces deux œuvres orchestrales, face à l’authenticité d’Argerich, paraissent soudain fades et clinquantes.

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