Pianiste sensible et raffiné, Martin Helmchen remportait il y a quinze ans le Concours Clara Haskil de Vevey. C’était un tristement célèbre 11 septembre 2001. Ce prix fut un tremplin décisif pour sa carrière. Lundi soir, le pianiste berlinois était à nouveau à Vevey pour un récital à la Salle del Castillo. On a pu y savourer sa belle sonorité, son élégance et un sens de la construction qui reflète l’héritage de l’école allemande.

Il commençait par la 3e Partita en la mineur de Bach. On a là une interprétation très pianistique, dans la mesure où il ne cherche pas à reproduire les sonorités d’un clavecin. La «Fantasia» initiale déroute par ses fluctuations de tempo et son style un peu ampoulé; la pulsation rythmique n’est pas régulière. L’«Allemande» souffre aussi de quelques maniérismes (bien que la pièce s’y prête davantage), avant que Martin Helmchen n’enchaîne avec une «Courante» magnifiquement ciselée et rythmée. Les traits fusent, c’est vivant. La «Sarabande» est d’un caractère doucement éploré, avant la «Burlesca» et le «Scherzo» (joué très vite, les traits perlés, à nouveau dans une esthétique très pianistique), jusqu’à la «Gigue» finale très bien articulée, au contrepoint dense et aéré à la fois.

La transition est toute trouvée avec Liszt, puisque Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen S.179 fait directement référence à la Cantate éponyme de Bach. Martin Helmchen y déploie de splendides sonorités. On admire ce toucher moelleux et expressif, l’alternance entre la gravité du début et le climax au milieu. Au bord d’une source est d’une fluidité admirable, avant une pièce tardive de Liszt, Nuages gris, aux harmonies énigmatiques et suspendues. Martin Helmchen se montre tout autant à l’aise dans la Bagatelle sans tonalité, l’esprit ludique et ironique, traits déliés. L’Etude de Concert La Campanella ne lui pose aucun problème technique, avec une savante coloration des textures, des trilles scintillants et des traits limpides, jusqu’à la coda qu’il martèle avec énergie (un peu trop, au goût de certains).

Il ne restait plus que la Sonate en si bémol majeur D 960 de Schubert pour emmener le public vers des cimes contemplatives. Martin Helmchen n’y parvient qu’à moitié. Ce n’est pas le Schubert au bord du gouffre que l’on entend, mais davantage une traversée qui reste un peu à la surface des choses. On s’ennuie par moments, tout en admirant son beau pianisme (toucher moelleux et diaphane), lui qui cherche à animer les modulations harmoniques dans le développement du premier mouvement. L’«Andante sostenuto» est suspendu, les transitions bien amenées, sans pour autant vous arracher des larmes. Le pianiste brille par son toucher ailé dans le «Scherzo», et le finale acquiert un poids dramatique qui en fait le centre de gravité de la sonate. Une interprétation inaboutie, donc, qui mériterait d’être encore approfondie.