La satire sociale et politique a dominé le Festival de bande dessinée d'Angoulême, qui a fermé ses portes hier en battant tous ses records de participation, avec 210 000 visiteurs et 736 auteurs présents. Après le triomphe de L'enquête corse de René Pétillon, meilleur album de l'année, c'est en effet Martin Veyron qui a été élu Grand Prix 2001 pour l'ensemble de son œuvre, publiée essentiellement chez Albin Michel.

Avec son personnage de Bernard Lermite, un fils de famille oisif, maladroit et sans certitudes en costume de tweed, avec ses portraits de femmes diablement séduisantes et redoutables à la fois, avec ses peintures au vitriol de la bourgeoisie, Veyron fait en effet partie des observateurs politiquement incorrects de la société (voir p. 2).

A 50 ans, il partage son activité entre la bande dessinée et l'illustration de presse. C'est L'amour propre ne le reste jamais longtemps qui le fait connaître du grand public en 1982, une histoire érotico-philosophique autour du débat qui faisait rage alors à propos du point G et de la jouissance féminine, qui deviendra aussi un film. On lui doit aussi Executive Woman, Cru bourgeois ou, dernier paru, Caca rente.

Curieux paradoxe, alors que le festival était présidé par une femme, Florence Cestac, qui avait choisi un jury composé de huit femmes sur neuf membres, ce sont les Editions Albin-Michel qui font un tabac (avec le Grand Prix à Veyron, le Meilleur album à Pétillon et le Meilleur album étranger à Carlos Nine). Or cette maison d'édition publie L'écho des savanes, magazine qui joue largement sur le racolage «sexe» et «cul» pas toujours très sophistiqué, et une partie de son catalogue donne une image de la femme qui ne correspond pas vraiment à celle qu'essaie de promouvoir Madame la Présidente Cestac.

Bilan suisse réjouissant

Côté suisse, le bilan est réjouissant: plus de 1500 visiteurs ont défilé samedi à la grande exposition des «Nièces et neveux de Töpffer», qui présentait la nouvelle vague helvétique. Sur le stand des éditeurs suisses, le public a manifesté son intérêt face à la diversité et la qualité de la production présentée. L'album qui s'est le mieux vendu: Flap flap, autoédité par Ibn al Rabin, alias Matthieu Baillif. Il faut dire qu'avec son format de carte téléphonique, il se vendait 4 francs français…