Les musiciens n'ont pas attendu la vague verte incarnée par Greta Thunberg et les marches pour le climat pour chanter une planète menacée. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous propose de (re)découvrir une chanson engagée. Notre premier épisode.

La soul est un royaume, et Marvin Gaye son roi. Tragiquement disparu en 1984, tué par son père à l’âge de 44 ans, l’Américain demeure l’incarnation ultime de cette musique fiévreuse… et souvent politisée. Bande-son dès le fin des années 1950 des mouvements pour les droits civiques, la soul est aujourd’hui encore, avec le rap, l’un des genres emblématiques du mouvement Black Lives Matter.

Enregistré par Marvin Gaye il y a près de quarante ans, Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) dénonçait des violences policières encore tristement d’actualité. Ce titre figure sur un chef-d’œuvre: What’s Going On, un album qui a sa place au panthéon de la musique populaire du XXe siècle. Sorti le 21 mai 1971, cet enregistrement demeure une irrésistible invitation à la danse. Mais derrière des morceaux aux mélodies enchanteresses se cachent des textes souvent profonds, qui vont au-delà de la dimension souvent spirituelle d’une musique qui trouve ses racines dans le gospel et les spirituals chantés à l’église.

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«Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient.» Sur Mercy Mercy Me (The Ecology), autre titre phare de What’s Going On, la voix de Marvin Gaye est légèrement cassée, caressante mais d’une insondable mélancolie; car l’idée de paradis terrestre est mise à mal, chante-t-il à travers quatre brefs couplets. Il commence par se demander où a disparu le ciel bleu et finira par s’interroger sur la surpopulation et le comportement irresponsable de l’espèce humaine. Entre-deux, il évoque le pétrole dans les océans et les poissons au mercure, les radiations dans le sol et les animaux qui meurent.

Composée l’année de la création de Greenpeace, Mercy Mercy Me (The Ecology) est un symbole fort de la prise de conscience écologique des années 1970. Le décalage entre des paroles sombres et une mélodie solaire a fait de cette chanson un hymne qui à l’instar d’Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) n’a malheureusement jamais perdu de son acuité.