Cinéma

«Maryline»: une étoile est panée

Guillaume Gallienne imagine dans ce mélodrame disgracieux le destin d’une comédienne, de la mouise à la gloire. Un ratage exemplaire

Guillaume Gallienne est un excellent lecteur qu’on peut entendre sur France Inter. Sociétaire de la Comédie-Française, il est, paraît-il, remarquable sur scène. Il devrait se tenir à l’écart du cinéma. Quand il ne s’y ridiculise pas dans le rôle d’un directeur de prison (Eperdument) ou de Paul Cézanne «avé l’asseng» du Midi (Cézanne et moi), il s’essaie à la réalisation.

En 2013, il fait un tabac avec Les Garçons et Guillaume, à table!, une comédie autobiographique dans laquelle il se travestit pour tenir le rôle de sa propre mère et démontrer qu’il n’est pas gay. Terriblement surestimé, le film remporte cinq Césars, ce qui donne au comédien des ailes et les moyens de faire un second film. 

Inscrit dans une époque floue et une temporalité incertaine, mal ficelé, monté à la hache, affublé d’une voix off comblant les carences du scénario, esthétiquement moche, Maryline raconte en quelques tableaux édifiants l’histoire triste et belle d’une fille rêvant de devenir comédienne.

Ayant quitté son bled natal, Maryline se retrouve figurante sur un film historique. Puis comédienne (elle doit parler anglais avec l’accent cockney), mais aucun son ne sort de sa gorge. Alors elle se fait martyriser et renvoyer. Elle travaille à la poste, sombre dans l’alcoolisme, a des peines d’amour et finit, contre toute vraisemblance, au pinacle de la gloire.

Barbie chlorotique

Maryline est incarnée par Adeline d’Hermy. Cette sociétaire de la Comédie-Française est peut-être excellente en Zerbinette dans Les Fourberies de Scapin, mais elle ne passe pas à l’écran. Brindille gauche, Barbie chlorotique affligée d’une voix de Mickey rural, elle prend d’autant moins la lumière que le réalisateur la soumet à d’humiliantes épreuves, telles que menstrues en public, crise d’acné monstrueuse…

Maryline a un défaut rédhibitoire: montrer des choses quelconques en faisant croire qu’elles sont sublimes. Ainsi, Gallienne demande à Vanessa Paradis d’incarner une grande star. Mais la chanteuse de Joe le taxi n’est pas Ava Gardner, ni même Catherine Deneuve, juste une vieille petite fille qui assure à Maryline qu’elle a «une présence magnifique» alors que tout à l’écran claironne le contraire.

Le dernier chapitre du film correspond au dernier acte d’une pièce éhontément médiocre. Gallienne met pourtant en scène une standing ovation. Puis, dans un restaurant italien, il fantasme la rencontre de la comédienne, seule à une table, et d’une demi-douzaine de spectateurs qui, émus par tant de grâce et de beauté, improvisent illico un culte en déposant devant leur idole une pléthore d’offrandes diverses (verre de vin, poivrier, chaises…). La candeur adolescente de cette scène artificielle laisse sans voix.


Drame de Guillaume Gallienne (France, 2017), avec Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Xavier Beauvois, Alice Pol, 1h47

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