Agée de 12 ans, Anaïs accumule ses frustrations dans un corps encombrant, mais qui la défend du monde extérieur. En vacances avec sa famille, elle trottine encore derrière sa sœur aînée Roxane, quant à elle bien décidée à vivre son premier amour. Lorsqu'un un bel étudiant italien se montre intéressé, Anaïs observe, à la fois jalouse et avec une longueur d'avance sur cette Lolita trop naïve.

Au rebond du controversé Romance, à ce stade de sa carrière qui la voit passer du statut de cinéaste originale à celui d'auteur monomaniaque, Catherine Breillat signe donc un film sur la pré-adolescence et la découverte du sexe. Encore du sexe? Oui, et si vous n'êtes pas content, voilà ce qui vous sera répondu par l'intermédiaire d'une interview télévisée de Laura Betti qui apparaît dans le film: le sexe est partout, les autres questions sont devenues trop compliquées, et puis, il n'y a personne qui n'ait rien à se reprocher dans ce domaine. Inattaquable.

Admirable exigence qui fait passer la quête de la vérité, celle qui dérange forcément, avant le plaisir présupposé du spectateur! Après Romance, film-limite qui se terminait hélas par un sérieux dérapage, c'est la justesse et l'intelligence qui frappent à nouveau plutôt que le culot. Les jeunes comédiennes sont criantes de vérité, leur comportement, distillé avec le recul de l'expérience. Surtout, la cinéaste filtre désormais son fond naturaliste au travers d'une stylisation qui permet au spectateur de dégager un sens plus complexe que la crudité peu ragoûtante de 36 fillette ou de Sale comme un ange. Si dame Breillat osait à présent aborder le masculin avec une égale acuité, son cinéma deviendrait vraiment incontournable.

A ma sœur!, de Catherine Breillat (France-Italie 2000), avec Anaïs Reboux, Roxane Mesqiuida, Libero De Rienzo, Arsinée Khanjian.