On entendrait presque le bouchon sauter. Au quartier général du Cully Jazz Festival, comme dans de nombreux lieux culturels romands, on faisait couler le mousseux mercredi après-midi. L’annonce de la fin des mesures sanitaires, masque et certificat en particulier, sonne comme une libération. «Nous sommes proches de l’euphorie!» confirme le directeur Jean-Yves Cavin. Premier festival sacrifié sur l’autel du covid, début 2020, le Cully Jazz sera parmi les premiers à rouvrir le bal le 1er avril prochain, dans une formule «quasi normale». «C’est vrai, il va falloir retrouver nos repères, avec la possibilité d’un nouveau variant ou d’un rebond épidémique en épée de Damoclès. Mais l’important est que nous retrouvions le plaisir d’écouter et de fêter la musique ensemble.»

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Rassembler de nouveau, c’est aussi ce qui réjouit Anne Bisang, directrice du Théâtre populaire romand à La Chaux-de-Fonds. «Nous pouvons de nouveau remplir notre mission: fédérer, faire se croiser les générations et les gens d’origines différentes. Cette catégorisation des citoyens, pour un lieu destiné à la rencontre et à la confrontation d’opinions, était insupportable.» Rouvrir les portes en grand, oui, mais pas seulement. «En dehors des souffrances causées, ces deux années ont été instructives quant à notre place et notre fonction dans la société, la perception des politiques. Nous ne devons pas simplement tourner la page mais faire faire un bilan, une autocritique. Et il y a assurément des dégâts à réparer: des projets que nous avons dû abandonner, mais surtout la reconquête d’un public qui s’est éloigné. Ce travail reste à faire et nous aurons besoin d’aide.»

Reins solides

Le public sera-t-il frileux à l’idée de tomber le masque? C’est ce que craint en tout cas Laurent Dutoit, distributeur et exploitant de plusieurs cinémas genevois. «Voilà deux ans que l’on dit aux personnes vulnérables d’éviter les lieux publics. L’enjeu, dans les semaines qui viennent, est de les rassurer, leur rappeler que les salles sont ventilées et que si cela les rassure, ils peuvent prendre leur masque FFP2.»

Directeur de Live Music Production, Michael Drieberg se veut plus confiant. Si les grosses tournées internationales restent «amputées à 50%», le monde du live francophone reprend des couleurs… et la billetterie aussi. «Depuis deux-trois jours, nous avons pu observer une nette augmentation. C’est naturel: ces bonnes nouvelles donnent envie de retourner boire un coup, de danser, de chanter!»

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Comme plusieurs acteurs du milieu, la levée immédiate des mesures de soutien économique (avec exception jusqu’à fin juin pour le secteur des manifestations), interpelle Michael Drieberg. «L’aide s’arrête dans une période où tous les spectacles ne seront pas pleins, rien que parce qu’il y en a trois fois plus qu’en temps normal! Il faudra avoir des reins solides et certains vont se casser la figure. Nous verrons si d’autres types d’aides au redémarrage seront proposées, comme dans plusieurs pays voisins. Car il ne suffit pas de rebrancher la prise…»