C'est l'histoire d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, une histoire née bien avant Internet. Pour savoir comment le monde allait, on chipait le journal des parents - mais c'était le journal des parents. On se glissait devant la grand-messe télévisée du soir, mais c'était très austère et formel. Et on écoutait la radio, le «transistor», seul média disponible pour des adolescents avides de découvrir ce qui se passait ailleurs. La radio était aussi formatée, un peu froide, institutionnelle. Sauf qu'il existait des îlots cachés de liberté, sur Europe 1, sur RTL, deux postes «périphériques» car nés hors du territoire français. La musique, le ton, les publicités, tout était différent.

600 000 auditeurs chaque dimanche

Et puis il y avait le Masque et la plume. Un ovni, une foire d'empoigne, un spectacle radiophonique qui devenait vite addictif, même si on ne connaissait ni les pièces, ni les livres, ni les films: tout faisait envie. L'évidente connivence des chroniqueurs, leur franc-parler, leurs bons mots, les rires du public invité à participer grâce à un micro baladeur dans la salle: cette radio-là rugissait de bonheur communicatif et participatif, dirait-on aujourd'hui. On l'écoutait en rentrant le dimanche soir dans la voiture des parents, ou bien sur son bureau de lycéen en pin brut au lieu de réviser ses cours. Engueulades soigneusement préparées, lettres d'auditeurs courroucés et coups de griffe ou compliments inattendus: le rendez-vous était une fête incontournable.

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Photo: auditorium de la Maison de la radio (Radio France)

Les années ont passé, les radios sont devenues libres avant de devenir privées, les chaînes de télévision se sont multipliées, Internet a débarqué et les journaux ont commencé à perdre des plumes tandis que celles du Masque continuaient de se renouveler: il paraît que nous sommes 600 000 le dimanche soir à écouter l'émission, podcastée par 340 000 personnes. 

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Proust, à nous deux: retrouvez ici quelques grands moments de cette émission unique, la plus ancienne d'Europe dit-on. 


13 novembre 1955

L'émission est née le 13 novembre 1955, et il ne reste pas de trace du premier enregistrement de ce «magazine public des lettres et du théâtre» produit et animé par Michel Polac et François-Régis Bastide.Quel dommage: autour de la table il y avait Roland Barthes, Jean Cayrol, Guy Dumur, Max Favalelli, Robert Kanters et Morvan Lebesque pour le théâtre. Georges Lerminier, Paul-André Lesort, Michel Mohrt, Claude Roy et Jean Nepveu-Degas pour la littérature. Excusez du peu...


22 janvier 1956

C'est la date du plus ancien enregistrement conservé par l'Institut national de l'audiovisuel (et vous constaterez que ce n'est pas «La fileuse» de Mendelssohn qui ouvre l'émission, le célèbre générique a été introduit en 1978). Le présentateur est Michel Polac. 


8 avril 1965

Le film «Le Corniaud», considéré depuis comme un archétype du grand film populaire, est éreinté par Michel Cournot («Ca ne vaut rien», Jean-Louis Bory («Imbécile et débile»), Georges Charensol («Nettement en dessous de zéro»), et Georges Sadoul («Dépourvu d'esprit et de rythme»).

Dans la même veine, l'équipe du Masque s'est divisée au sujet de «Le Père noël est une ordure», également devenu un film culte par la suite.

L'émission est télévisée durant un temps en 1976, d'où l'existence d'archives vidéo de l'émission.


11 janvier 1976

Le film de Jacques Demy «Le joueur de flûte» suscite une passe d'armes mouvementée entre Georges Charensol, Jean Louis Bory, Pierre Billard, Marcel Ciment et Gilles Jacob.


26 septembre 1976

La ferme discussion entre Jean-Louis Bory et Georges Charensol à propos du sulfureux «Empire des sens» de Nagisa Oshima. Sexuel, porno, érotique?


19 février 1984

 «L'insoutenable légèreté de l'être» de Milan Kundera, immédiatement identifié comme une livre événement, divise cependant la critique. Avec Jean Jacques Brochier, Jean François Josselin, Bertrand Poirot Delpech, Jean Didier Wolfromm, sous la houlette de Pierre Bouteiller.


29 août 1999

«Eyes wide shut» de Stanley Kubrick. Un «vrai film à dimension humaine?»


1er novembre 2015

«Le livre des Baltimore» de Joël Dicker, présenté comme «le retour du grand blond». «Le problème ce n'est pas le sujet, pas inintéressant, mais le nombre de clichés, qui s'accumulent à chaque page» selon le présentateur Jérôme Garcin, alors que le critique Michel a trouvé le livre «phénoménal, tout à fait extraordinaire,  j'ai été pris par cette histoire, il y a des moments d'anthologie...» Un bon exemple de la diversité d'opinions et de la liberté de critique qui règne au Masque.


Dimanche 22 novembre

L'émission fêtera officiellement ses 60 ans.