FAUT VOIR

Masque-ectomie

Cachez ce sein, disait l’un. Cachez cette absence de sein, disent d’autres. Ne cachez plus rien, répondent certaines. Et les femmes ayant subi une mastectomie de ne plus savoir à quel saint se vouer. Sur Internet, pléthore de sites proposent des maillots de bain agrémentés de coques souples et d’une ou deux poches pour glisser des prothèses mammaires. Certains vendent même des enveloppes de polyuréthane «insensibles au chlore et à l’eau de mer» pour protéger les mamelons de silicone. Tour de passe-passe. Surtout, préserver le «comme si de rien n’était», l’illusion de la normalité.

En Finlande, une ex-malade adorant la natation, quelques stylistes et le duo d’artistes Nutty Tarts se sont associées pour prendre le contre-pied et permettre le deuil. Elles ont lancé Monokini 2.0, une ligne de maillots de bain asymétriques, ne masquant rien de la poitrine perdue. Pour l’heure, le projet reste socio-artistique; les images sont exposées à Helsinki, avant de partir en Suède et en Norvège, mais les vêtements ne sont pas commercialisés.

Il faut les voir, Camilla, Marjaana ou Kristina, poser en tenue sportive, burlesque ou élégante, toutes sexy en diable. Elles paraissent si altières que l’on ne perçoit rien d’autre que leur beauté assumée. Il faut un temps pour déceler que quelque chose dissone dans ces photographies. Et vient alors, parfois, le malaise. L’œil bute sur la cicatrice et le cerveau s’agite. L’humain n’aime pas que l’on s’émancipe de ses carcans, pas plus qu’il n’apprécie qu’on expose ses stigmates. Mais tout est question d’habitude. «Qui a dit que vous en aviez besoin de deux?» interroge le collectif.

http://monokini2.com