Roman

«La massaia», un roman italien, posthume et épris de liberté

Figure des cercles artistiques et littéraires italiens du XXe siècle, Paola Masino participe à titre posthume à la rentrée francophone avec «La massaia», roman déroutant et audacieux paru en 1945

La massaia («La ménagère», en français) de Paola Masino, un roman écrit sous Mussolini mais qui dut attendre 1945 et la défaite du fascisme pour être publié, tient tout à la fois de la fable, de la prose poétique, de l’art dramatique tragicomique et du journal intime. Il possède aussi une forte touche de surréalisme qu’il faut rattacher, historiquement, au concept de «réalisme magique», développé par le compagnon de l’auteure, l’écrivain Massimo Bontempelli, de trente ans son aîné tout comme le mari de cette «ménagère» romanesque.

S’il n’est donc pas dépourvu d’aspects autobiographiques, ce roman brille par son inventivité, par ses audaces novatrices d’un point de vue littéraire, et ce, au-delà des interprétations politiques qui avaient poussé la censure fasciste à exiger des modifications.

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La Martinière publie enfin La massaia en français. L’éditeur relève, dans sa présentation, une parenté avec Le baron perché, d’Italo Calvino, un roman paru en 1957, soit plus d’une quinzaine d’années après La massaia. L’héroïne de Paola Masino, disparue en 1989, ne va pas se percher dans les arbres, comme le fait le personnage de Calvino, mais elle refusera de sortir d’une malle dans laquelle elle est allée se fourrer. Et elle vivote ainsi retranchée, dans un univers familial aristocratique dont elle ne veut rien savoir, tendant l’oreille, l’esprit aux aguets, mais inaccessible aux supplications maternelles, en moisissant lentement dans sa malle. Et, à la différence du baron perché, qui ne redescendra jamais sur terre, elle consent un jour à s’extraire de ce «berceau infâme». C’est alors une jeune fille qu’il convient de bien marier.

Seconde naissance

Depuis ce moment, celui de sa «vraie naissance» du point de vue de son entourage, la jeune femme s’empresse d’occuper dignement son rôle et sa fonction. A commencer par se mettre en ménage avec un oncle de trente ans son aîné, au demeurant excellent mari, renonçant ainsi à un «jeune homme brun» dont elle s’était amourachée et se sentait complice, modèle d’amour romantique irréductible à toute réalité.

La massaia n’a rien d’une ménagère ordinaire. Il ne s’agit pas tant pour elle de «tenir son ménage» que de régner sur une armée de domestiques dans une maison si gigantesque qu’elle s’y perd encore des années après son mariage. En tout cas, elle s’efforce de bien faire, mais un vent de liberté se lève souvent dans son esprit et donne lieu à des actes qui défient l’ordre social dans lequel elle évolue.

Un mari dévoué

Souvent mise en avant, la dimension «féministe» du roman, peut-être évidente dans le cadre d’une Italie fasciste et patriarcale, paraît aujourd’hui moins marquée que celle d’une misanthropie larvée. Paola Masino n’épargne aucun de ses personnages, patrons ou domestiques, hommes ou femmes. Seule rayonne la personnalité généreuse et forte de la massaia. Sinon, toutes et tous paraissent absurdement engoncés dans leurs rôles comme autant de marionnettes.

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Au fond, c’est encore son vieux mari, certes gardien des codes, qui s’en sort le mieux. Il ne s’opposera à aucune initiative de son épouse, même la plus iconoclaste, ne cessera de l’admirer et la laissera s’éclipser pendant plusieurs mois pour aller travailler dans une autre ville.


Roman
Paola Masino
«La massaia. Naissance et mort de la fée du foyer»
(«Nascite e morte della massaia», 1945)
Traduction de l’italien par Marilène Raiola
La Martinière, p. 348

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