Dans le cadre de la rétrospective consacrée à Oskar Schlemmer et d'un colloque qui l'accompagnait, une soirée en hommage à l'artiste a été récemment organisée par le Festival de Marseille, avec deux chorégraphies librement inspirées de son œuvre.

Avec Oscar, Le Guetteur-Luc Petton & Cie ont travaillé sur la Danse des bâtons. Cette chorégraphie de Schlemmer visait à rendre évident chaque espace que le mouvement humain, au moindre de ses gestes, dégage. En fixant à chacun de ses membres une longue tige de bois souple, ce n'est plus le corps du danseur qui apparaît au spectateur. Au contraire, c'est l'architecture complexe de l'espace qui se dégage par l'esquisse suggestive des tiges, à chacun des mouvements.

Si Le Guetteur-Luc Petton & Cie n'ont guère proposé de travail corporel approfondi à partir de l'œuvre de Schlemmer, ils ont du moins esquissé une version live de l'envergure du projet schlemmerien, et rendu possible une lecture de l'espace par le corps tout à fait intéressante, avec quelques beaux moments.

Quant à Daniel Dobbels et la Compagnie Christine Gérard qui ont proposé une chorégraphie intitulée Est-ce que ce qui est loin s'éloigne de l'être humain, leur travail s'est révélé époustouflant de beauté et de rigueur, avec une justesse de ton rare, qui traduisait de manière très proche le ton pictural des œuvres de Schlemmer présentées au Musée Cantini.

Le style visait ici la partie la plus sombre et mélancolique de l'œuvre de Schlemmer, privilégiant le mouvement ténu, l'immobilité presque. Les interprètes ont su donner dans le geste à peine perceptible une densité très émouvante.