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Jamiroquai à l’Auditorium Stravinski, samedi 14 juillet 2018.
© Jean-Christophe Bott / Keystone

Festival

Mathieu Jaton: «A Montreux, nous perdons de l’argent avec les concerts»

Avec 95 000 billets vendus et une programmation artistique de haut vol, la 52e édition du Montreux Jazz est un succès. Malgré tout, les salles ont parfois paru assez vides. Questions au directeur

A bien des égards, la 52e édition du Montreux Jazz qui vient de s’achever a été une année de solidification. Avec la création de la House of Jazz et donc d’un très élégant Montreux Jazz Club d’une capacité de 600 places, avec le resserrement des concours et des workshops au Petit Palais, le festival a enfin trouvé une formule qui permet au jazz – et surtout à une écoute intime – de retrouver une place que les autres mastodontes de l’été pourraient lui envier; les concerts exceptionnels de Seu Jorge, du sextette R + R = Now, l’immense jam pour l’anniversaire de Quincy Jones ont été des instants suspendus de cette quinzaine.

Par ailleurs, au Lab et à l’Auditorium Stravinski, la grâce n’a pas manqué non plus: Iggy Pop, Nine Inch Nails, l’époustouflant Nick Cave, les soirées hip-hop et soul, Charlotte Gainsbourg en diva friable. Tout a respiré la musicalité d’une scène à l’autre. Reste néanmoins le sentiment d’une fréquentation parfois basse: pour Etienne Daho, pour N.E.R.D., pour John Cale, par exemple, malgré des invitations distribuées auprès du staff du festival.

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La manifestation a publié un bilan rassurant. Le festival a attiré 240 000 personnes et 95 000 billets ont été vendus, soit 4000 de plus que l’année dernière – ce qui s’explique par la création du nouveau club dont la capacité est bien plus importante que le précédent.

Le Temps: Comment peut-on expliquer cet écart entre l’impression de salles moins pleines qu’à l’accoutumée et un bilan malgré tout positif?

Mathieu Jaton: Nous avons vendu nos billets de manière particulièrement linéaire, avec seulement quatre salles combles à l’Auditorium Stravinski mais un taux de remplissage moyen de 85%. Au final pour cette salle, nous avons écoulé plus de 54 000 places, soit davantage que l’année dernière. Nous avons connu quelques surprises désagréables. Avec N.E.R.D, par exemple, nous n’avons réussi à attirer que 2000 personnes; il semble que le hip-hop pour quadragénaires ne puisse convaincre suffisamment de spectateurs dans notre gamme de prix, nous l’avions déjà constaté avec OutKast par exemple.

Les prix, parlons-en. Il y aurait une logique instinctive à baisser le prix pour augmenter la fréquentation. Est-ce aussi simple?

J’aimerais que cela le soit. Le calcul du ratio entre nos coûts de production, le prix du cachet et l’estimation de la fréquentation est le pire moment du festival pour moi. C’est une science complexe et inexacte. Jusqu’à il y a quelques années, nous souhaitions couvrir tous les coûts d’un concert – y compris ceux de la gestion de la salle – avec les billets vendus. L’inflation des cachets rend cet équilibre presque impossible aujourd’hui. Il faut le comprendre: nous perdons de l’argent avec les concerts.

De plus, nous avons vendu cette année pratiquement 20% de nos billets pendant le festival. Le public, avec la croissance de l’offre culturelle, se décide de plus en plus tardivement. Pour un concert comme celui de Jamie Cullum, nous n’avions que 2200 billets au début du festival et 3600 le soir du concert. Tout cela est un peu magique et on est forcément plus intelligent après!

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L’équilibre économique est-il atteint? Le festival est-il en danger?

Il est aujourd’hui difficile de dire si, pour cette édition, nous allons gagner un tout petit peu d’argent ou perdre un tout petit peu d’argent. A Montreux, les bénéfices sont toujours marginaux. La chance extraordinaire que j’ai, c’est d’être accompagné par un Conseil de fondation exceptionnel qui me fait confiance. Je vous donne un exemple: produire l’anniversaire de Quincy Jones a un coût et le spectacle était entièrement gratuit. Pour certains, cela aurait été une absurdité. Mais nous comprenons tous à quel point l’ADN du festival dépend de ce genre de folie, d’événements qu’aucune autre manifestation ne peut se permettre. A mon avis, tant que nous nous battons pour nos fondamentaux, le Montreux Jazz Festival a toutes les raisons de vivre.

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