C’est un Mathieu Jaton sous le choc qui nous rappelle jeudi soir sur le coup de 20 heures. «C’est une catastrophe, je suis complètement retourné», lâche d’emblée le directeur du Montreux Jazz Festival, où Prince est venu à trois reprises – en 2007, 2009 et 2013 – pour un total de six concerts qui resteront dans les annales de la manifestation, tant il était capable de changer radicalement de style d’une performance à l’autre. «Lorsque j’ai appris la nouvelle de son décès, je ne voulais pas le croire, d’autant plus qu’il y a d’abord eu des démentis, qu’on pensait que c’était une rumeur. Mais là, on sait que non.»

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Pour Mathieu Jaton, le génie de Prince, c’était ça: être capable de passer d’un genre à l’autre, de pouvoir tout faire, tout jouer. Funk, rock, pop, blues, rien ne résistait à ce musicien hors normes, star énorme dans les années 1980 mais qui a toujours tout fait pour garder son indépendance, restant alternatif plutôt que mainstream. «C’était un des plus grands, un chanteur et un guitariste immense; ses mains étaient comme dissociées de son corps, poursuit Mathieu Jaton. Vous pouviez aller le voir vingt-cinq fois en concert, et vingt-cinq fois vous découvriez quelque chose de différent. C’est pour cela qu’il avait une fan-base aussi grande.»

Mais Prince a beau avoir fréquenté le Montreux Jazz à plusieurs reprises après que Claude Nobs ait essayé depuis de longues années de le faire venir, il est toujours resté secret. «Il était mystérieux, approuve Mathieu Jaton. On n’allait pas vers lui, c’est lui qui venait vers nous. Il nous envoyait comme ça des petits signes. En fait, on voyait simplement à sa façon d’être à son sourire s’il était content. Et il a dû être content à Montreux puisqu’il y est revenu trois fois. Ça a été un immense plaisir et honneur que de l’accueillir… Mais après BB King et Bowie, voilà qu’il meurt… C’est horrible…»