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récit

Mathieu Lindon, retour à la rue de Vaugirard

L’écrivain Mathieu Lindon entre deux figures tutélaires, son père, le fondateur des Editions de Minuit, et le philosophe Michel Foucault

Genre: Récit
Qui ? Mathieu Lindon
Titre: Ce qu’aimer veut dire
Chez qui ? P.O.L, 312 p.

Dans l’expression «roman d’apprentissage», on entend sage. ­Mathieu Lindon fut plutôt un élève dissipé et turbulent. Fils de Jérôme, le patron charismatique des Editions de Minuit, et cousin de l’acteur Vincent, il a beau avoir fréquenté Alain (Robbe-Grillet), Sam (Beckett), Hervé (Guibert) ou Michel (Foucault), il n’a ni l’âme d’un épigone ni celle d’un ­mondain. Au prétentieux name dropping, Mathieu Lindon préfère l’affectueux et privatif forname dropping. Comme les enfants, il énumère les prénoms de tous ces illustres personnages qui ont été les amis de son père, les siens ou ceux de ses amis, sans tenir compte de leur prestige social. Il les a connus, voilà tout, et grâce à leurs encouragements et à la littérature qui était partout, il s’est élevé et a eu la chance de ne pas mourir quand ses proches étaient fauchés par le sida. On comprend alors que Mathieu Lindon n’a couché ni avec Foucault ni avec Hervé Guibert.

Donc Mathieu Lindon a 23 ans lorsqu’il rencontre Michel (Foucault). Très vite, la star du structuralisme lui prête son appartement pour y arroser les plantes en son absence. Le jeune homme, qui entretient une relation conflictuelle avec son père, vivra un an et six étés rue de Vaugirard, où se retrouve une petite communauté appliquée à rire, à se faire lire leurs textes respectifs, à se draguer et à essayer toutes les drogues, en particulier le LSD en regardant les Marx Brothers. Parfois, Michel est parmi eux, parfois pas. Paradoxalement, c’est moins le portrait du roi du structuralisme que celui de son appartement que dessine ­Mathieu Lindon. En bon lecteur de Foucault, il sait combien la topologie des lieux est déterminante, combien elle peut-être coercitive (Surveiller et punir) ou au contraire propice aux élans et à la liberté. Vaugirard était un éden.

Ce qu’aimer veut dire oscille en permanence entre la figure du père, Jérôme, qui lui a donné la vie mais pas accordé la reconnaissance qui va avec, et celle de l’ami, Michel, qui lui a sauvé la vie en la lui chamboulant. Mathieu compare les deux hommes, leurs goûts littéraires, leurs relations au monde, à l’amour et au sexe, leurs stratégies de domination. «Je suis reconnaissant dans le vague à ­Michel, je ne sais pas exactement de quoi, d’une vie meilleure.» Et aussi d’être celui par lequel ­Mathieu Lindon apprendra, après plusieurs détours, à aimer son père, homme austère qui, à sa mort, lui léguera une lettre magnifique. Rien de grave, rien de magistral dans ce récit à la syntaxe ­parfois tarabiscotée, écrit le plus souvent au présent comme pour oublier que Sam, Hervé, Jérôme, Michel, Alain sont tous morts.

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