Cinéma

Les maths pour les nuls

Biopic d’un mathématicien indien de génie, «The Man Who Knew Infinity» pèche par excès de timidité

Qui connaît encore le nom de Srinivasa Ramanujan? A part quelques fanatiques de mathématiques (ou de «Good Will Hunting», qui le mentionne), pas grand monde. C’est donc à la biographie d’un illustre inconnu que nous convie l’Américain Matthew Brown dans «The Man Who Knew Infinity», un de ces «films de prestige» auquel les Festivals de Toronto et de Zurich ne savent pas dire non. En sortie commerciale, c’est une autre histoire: lâché par son distributeur, il n’arrive qu’en repêchage à Genève, au Ciné 17, sur les brisées du très comparable «Genius» de Michael Grandage.

L’histoire de ce pauvre Indien de la région de Madras, devenu en autodidacte un génie reconnu par la communauté internationale dans les années 1910, possédait un certain potentiel. Après des débuts passés inaperçus («Ropewalk», 2000), il aura fallu une décennie au cinéaste pour monter ce film inspiré par une biographie éponyme de Robert Kanigel. Trop longtemps? Toujours est-il que le résultat, centré sur l’amitié qui lia Ramanujan à G.H. Hardy, son mentor de Trinity college à Cambridge, paraît si dépourvu d’aspérité qu’il ne produit plus aucune étincelle.

Mélodrame manipulateur

Après une brève introduction en Inde coloniale, qui voit le jeune comptable tamoul laisser sa jeune épouse avec sa mère (grave erreur), on assiste à l’arrivée de Ramanujan à Cambridge à l’invitation du professeur Hardy, auquel il a envoyé des échantillons de son travail de mathématicien. Talent trop intuitif, il y subit les rebuffades de la part d’un establishment aussi snob que raciste. Mais grâce à Hardy, qui lui apprend à étayer ses trouvailles, et quelques collègues plus larges d’esprit comme John Littlewood et Bertrand Russell, il finit par être admis à l’académie royale. Juste à temps, car il aura laissé sa santé dans l’épreuve et mourra de la tuberculose en 1920, de retour au pays, à l’âge de 32 ans.

Assez logiquement, le cinéaste s’accroche au peu de drame que contient cette histoire à l’écart de la grande (la Première Guerre mondiale), centrant son récit sur la relation entre mentor (Jeremy Irons, excellent) et élève (Dev Patel). Les formules et théorèmes en jeu étant incompréhensibles pour le public lambda, il n’essaie même pas de montrer leur travail. Mais à défaut de pouvoir expliquer l’apport de Ramanujan à la théorie analytique des nombres, ne reste qu’un mélo banal, tout sauf transcendé par une mise en scène terriblement plan-plan. De quoi regretter «Un Homme d’exception» (Ron Howard, 2001), «Imitation Game» (Morten Tyldum, 2014) et surtout «Une Merveilleuse histoire du temps» (James Marsh, 2014), qui, chacun à sa manière, étaient parvenus à pimenter une discipline ingrate.


*The Man Who Knew Infinity, de Matthew Brown (Royaume-Uni, 2015), avec Dev Patel, Jeremy Irons, Toby Jones, Devika Bhise, Jeremy Northam, Kevin R. McNally, Anthony Calf, Richard Johnson, Arundhati Nag, Stephen Fry. 1h49

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