Depuis quatre ans, le duo américain Matmos traque les sons produits par les objets plus ou moins usuels de la vie quotidienne et les retravaille par les techniques du sampling et du séquençage. Une démarche qui place Drew Daniel et MC Schmidt, nouveaux protégés de Björk (qui a fait appel à eux pour la réalisation de son nouvel album), aux côtés des Anglais Matthew Herbert ou, dans une moindre mesure, Coldcut, quoique le résultat de leurs investigations ait moins sa place sur les dance-floors que ceux des Britanniques précités.

Danse macabre réjouissante

Quatrième et dernier album en date du groupe, A Chance to Cut is a Chance to Cure tente le pari difficile de construire une œuvre musicale à partir d'une banque de sons composée à 80% de bruits d'opérations chirurgicales (liposuccion, rhinoplastie…) enregistrés in situ et in vivo. Le résultat, iconoclaste et tout à fait passionnant, prend la forme d'une danse macabre réjouissante, virevoltant de grooves house en apocalypses arythmiques autour de thèmes qui traitent l'humain dans ce qu'il a de plus intime: la maladie et la mort.

Crâne humain et colonne vertébrale de chèvre

Ainsi de «Memento Mori» («intégralement composé à partir des sons d'un crâne humain, d'une colonne vertébrale de chèvre et d'une dent artificielle», précise le duo), qui se révèle le titre le plus impressionnant de l'album: averti, l'auditeur décèle en effet dans les premières secondes ce qui pourrait être le bruit d'une vertèbre raclant contre une calotte crânienne. Mais, au fil des secondes, un rythme apparaît, puis quelques harmoniques; l'électronique aidant, la matière sonore brute est projetée vers des zones purement musicales.

Outre le voyage à la fois dérisoire et inquiétant qu'il effectue autour des défaillances du corps humain, c'est bien dans cette démonstration des possibilités de transmutation quasiment infinies permises par le sampling que réside l'intérêt de cet album. La technique, remarquablement maîtrisée, se met au service du potentiel poétique d'objets qui, subitement, se mettent à chanter et revêtent une nouvelle identité. Tout à fait parlant à cet égard, «Ur Tchun Tan Tse Qi», où le bruit d'un appareil électrique censé localiser les points d'acupuncture mute peu à peu pour finalement se transformer en évocation du paysage sonore d'une lamaserie. C'est à l'aune de ce genre de parabole technico-poétique que se juge la qualité du travail fourni ici par Matmos.

Matmos, «A Chance to Cut is a Chance to Cure» (Matador, Ref. OLE489-2 Musikvertrieb).