exposition

Matthias Mansen grave la clarté

Le Cabinet des arts graphiques à Genève expose les compositions complexes réalisées par l’artiste allemand

Résultant du don de la famille du sociologue et collectionneur Daniel Bell, l’exposition Matthias Mansen au Cabinet des arts graphiques du Musée d’art et d’histoire de Genève révèle le travail captivant du xylographe allemand. L’artiste joue avec virtuosité des possibilités de la gravure sur bois, associant les entailles de diverses formes et structures, superposant les tirages, obtenant en fin de compte des compositions complexes, tirées à peu d’exemplaires, voire à exemplaire unique.

Outre le blanc qui creuse le noir, des couleurs apparaissent çà et là, en surimpression, un rouge fauve, un vert sombre pour évoquer les feuillages, dans cette image tout en largeur qui renvoie à l’apparition d’un cerf dans l’œuvre de Courbet. A différentes périodes, Matthias Mansen s’est par exemple inspiré de l’étude du mouvement dans la photographie, et l’estampe intitulée Gehen (Marcher) juxtapose un corps ou plutôt un demi-corps qui déjà a presque quitté l’espace de l’œuvre, et dont la jambe se soulève.

Un autre cycle est dédié à l’atelier et aux autres pièces de la maison, perçues selon l’activité qu’elles abritent: About the House: Studio montre l’artiste penché sur sa plaque, laquelle porte d’ores et déjà une silhouette humaine – la silhouette de l’artiste justement, pour qui son propre travail est un miroir. Une autre silhouette, derrière le graveur, semble son ombre, exemple de la démultiplication à laquelle Matthias Mansen soumet ses sujets.

Impressions de magie

Des sujets qui souvent réfèrent à la figure humaine, mais qui peuvent aussi parler de la nature, ou de l’architecture: tels les immeubles et flèches d’église à la rue Potsdam à Berlin (Berlin, Potsdamerstrasse, 2012). L’impression de magie, de féerie même, provient sans doute des éclairs et étincelles qui percent et soulèvent les masses sombres: comme l’explique Matthias Mansen lui-même, «je ne grave pas des lignes, je grave de la lumière».

Le motif inscrit en négatif – non de simples hachures, mais des manières d’étoiles ou de pattes d’oiseau, des bulles et autres formes toujours dynamiques – apporte un contrepoint décoratif et abstrait à l’image générale, elle-même découpée et parfois découplée, du fait des retours et des superpositions. L’exposition projette ainsi une lumière fascinante sur le processus de création.

Matthias Mansen: Work in Progress. Cabinet des arts graphiques, promenade du Pin 5, Genève, tél. 022 418 25 00. Ma-di 11-18h. A voir jusqu’au 24 février.

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