A 45 ans, Matthias Pintscher est ce compositeur et chef allemand très coté sur la scène internationale. Il a côtoyé des figures comme Hans Werner Henze et Pierre Boulez, et dirige l’Ensemble intercontemporain de Paris. Ses pièces sont jouées par des grands orchestres et des solistes de renom (Frank Peter Zimmermann, Julia Fischer, Truls Mork, Emmanuel Pahud…). En concert jeudi soir avec l’OSR au Victoria Hall de Genève (une coproduction avec le Festival Archipel), il a dirigé sa pièce pour violon et orchestre Mar’eh, précédée de Pelléas et Mélisande de Fauré et suivie de la 8e Symphonie de Dvorák.

De toute évidence, l’oreille du compositeur est nourrie par son métier de chef d’orchestre. Mar’eh se présente comme une toile bruitiste peuplée de micro-sonorités, le plus souvent aux confins du pianissimo (les toussotements dans la salle en deviennent très audibles!). Point de logorrhée, ici, ou de déflagrations fortissimo qui vous déchirent les tympans. Matthias Pintscher travaille sur les interstices du son; les textures sont raréfiées, les sonorités fragiles et diffractées. C’est l’oeuvre d’un esthète, avec un violon qui se comporte un peu comme un funambule, cantonné le plus souvent dans le haut registre. S’il n’y a pas de thème proprement dit, le cor énonce un motif amplement développé au début de l’œuvre (que l’on retrouvera plus loin). Le violon rebondit sur ce motif, sous une forme plus ramassée. Trois flûtes bruissent et produisent des effets sonores à l’arrière-plan qui, aussi surprenants soient-ils au début, finissent par lasser à force de devenir répétitifs.

L’effet est celui d’une toile suspendue, ponctuée de phases d’intensification où l’orchestre libère des sonorités plus corrosives. Cette conception circulaire du temps musical n’est pas facile à appréhender. On décroche par moments, car la forme n’évolue guère. Mais cette écriture est d’un grand raffinement. Elle s’inscrit dans l’idiome contemporain sans en bouleverser les codes. Renaud Capuçon se plie aux difficultés de la partition: il déploie des sonorités sur un mode très lyrique et égrène des particules de son dans l’aigu.

Pour ce qui concerne les autres œuvres inscrites au programme, Matthias Pintscher développe un discours structuré, presque trop par moments. Il confère sa nostalgie au «Prélude» initial de Pelléas et Mélisande de Fauré. Certes, les sonorités pourraient être plus diaphanes encore, mais les solos aux vents et au violoncelle sont expressifs. Le chef allemand forge des accents éplorés dans le finale (sous-titré «Mort de Mélisande») qui ressemble à une sorte de procession mortuaire.

Dans la 8e Symphonie de Dvorák, Matthias Pintscher expose clairement les différents groupes thématiques et marque les transitions. Il dirige avec poigne, prenant appui sur une forte assise rythmique. Mais sa lecture paraît un peu séquentielle et ploie sous certaines lourdeurs (la fin du premier mouvement). On rêverait d’un peu plus d’abandon poétique. Dans le finale, voici que Matthias Pintscher ménage un bel épisode de tendresse aux violoncelles, avant la coda aux cuivres très forts et sonores, pleine de vitalité. Peut-être que le chef allemand aura mieux su doser l’équilibre des pupitres lors du second concert vendredi soir.