Depuis le succès mondial de La Fièvre du samedi soir (John Badham, 1977) et de sa bande sonore, les Bee Gees ont acquis les lauriers de groupe le plus moqué de l'histoire du rock. La disparition de Maurice Gibb, dimanche, donnera peut-être lieu à une relecture de l'apport exact du groupe. Formés en 1967 avec son jumeau Robin et leur frère aîné Barry, les Bee Gees (des initiales B. G. de «Brothers Gibb») furent en effet parmi les premiers à faire accepter les sons rhythm'n'blues noirs américains à un large public, sons qui font les beaux jours de la culture MTV actuelle.

Dans les voix suraiguës qui ont fait la marque du trio, Maurice n'était pas aussi en évidence que Robin ou Barry. Mais c'est lui qui se consacrait à l'harmonie. Une griffe donc essentielle, mais en retrait, Bee Gee tranquille, reclus en Floride depuis vingt ans avec ses frères. De tous, il est celui qui avait le moins supporté les creux de vagues, en particulier dans les années 80: il avait alors sombré dans l'alcoolisme.

Jeudi, la fratrie s'est réunie brusquement lorsque Maurice, pris de violentes douleurs à l'abdomen, s'est écroulé dans sa maison. Son opération en toute urgence pour occlusion intestinale n'aura pas suffi. Mort à 53 ans, dans la nuit de samedi à dimanche, il laisse certaines rengaines immortelles, ballades mélodieuses («Massachusetts»), canons disco («Stayin'Alive») ou slows à repasser en boucle («How Deep is Your Love?»).