Classique

Maurice Steger, «rock star» de la flûte à bec

Le virtuose originaire de Winterthour a emballé le public réuni lundi soir au Victoria Hall de Genève. Il était accompagné par Diego Fasolis et l’excellent ensemble tessinois I Barocchisti

Ceux qui le connaissent savent qu’il est un champion de la flûte à bec. Maurice Steger a été très applaudi lundi soir au Victoria Hall de Genève au terme d’un concert avec le chef Diego Fasolis et l’ensemble tessinois I Barocchisti. Il y avait là d’excellents musiciens dans un bouquet de concertos typiques de l’école italienne du XVIIIe siècle.

Ni trop lisse ni survolté

Aujourd’hui, les ensembles baroques prolifèrent sur le marché, mais peu savent rendre toute sa gamme de couleurs à cette musique. Les interprétations paraissent soit trop lisses, soit survoltées dans un souci de faire swinguer le baroque comme si c’était le rock des XVIIe et XVIIIe siècles. Diego Fasolis, lui, parvient à forger un juste milieu entre alacrité et cantabile. Les cordes de l’ensemble I Barocchisti ne sonnent jamais trop agressives, tout en gardant une tonicité nécessaire pour que ces concertos baroques ne sonnent pas interchangeables.

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Une virtuosité presque inhumaine

Maurice Steger, originaire de Winterthour, s’est fait une spécialité de la flûte de bec. Il jongle avec différents formats de flûte, de la plus petite à la plus grande. Il joue avec tout son corps en mouvement, prenant appui tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre. Il truffe son jeu d’ornements et de sonorités évocatrices comme dans le concerto Il Gardellino («Le chardonneret») de Vivaldi. C’est un véritable oisillon que l’on entend, dans une peinture descriptive quasi en «trompe-l’oreille»!

Maurice Steger regorge de fantaisie. Il cultive l’excès comme idéal esthétique. Il personnalise au maximum ses interprétations, portant la virtuosité à ses limites presque inhumaines. C’est un spectacle pour les yeux comme pour les oreilles, ponctué d’instants de mystère suspendu comme dans le très beau concerto La Notte de Vivaldi.

Belle transparence des cordes

Diego Fasolis a aussi sa carte à jouer dans ce programme. Debout à son clavier avec tous les musiciens disposés en arc de cercle autour de lui, le chef et claveciniste tessinois parvient à insuffler cette italianità propre à la musique baroque. D’un concerto pour cordes très ramassé de Vivaldi à une sinfonia de Sammartini, il montre la subtile évolution du langage musical qui tend vers le classicisme. Le concerto grosso La Follia de Geminiani est une transcription pour grand effectif à cordes de la célèbre Sonate pour violon et basse continue en ré mineur opus 5 No 12 de Corelli. On y gagne en densité dramatique; Geminiani a conservé de façon presque intacte la partie de violon, tout en y ajoutant une deuxième voix soliste pour renforcer les effets de contraste entre le concertino (solistes) et le ripieno (ensemble).

Emotion dans les largo

Avec cette liberté propre à l’époque baroque, Maurice Steger joue le Concerto grosso en ré majeur opus 6 No 4 de Corelli dans un arrangement pour deux flûtes à bec et cordes par la maison d’édition Walsh & Hare de Londres publié en 1725. Il forme un beau duo avec sa collègue Laura Schmid – même si on peut préférer en définitive la version originale pour deux violons. Au-delà des tours de virtuosité chers au musicien de Winterthour, ce sont les largo les plus émouvants, là où la flûte à bec (alto ou ténor) revêt un timbre similaire à une voix humaine; le Concerto No 11 en la mineur de Domenico Sarro (1679-1744) est à cet égard un petit chef-d’œuvre.

A la fin du concert, plusieurs musiciens de l’ensemble I Barocchisti se sont joints aux flûtistes Maurice Steger et Laura Schmid pour interpréter un mouvement d’un Concerto con molti strumenti de Vivaldi: bonheur dans la salle!


Prochain concert de la série Migros-Pour-cent-culturel-Classics: Marc Minkowski, Les Musiciens du Louvre et chœurs. Ode pour la Sainte Cécile K. 592 et Messe en ut mineur K. 427 de Mozart. Jeudi 13 décembre à 20h, Victoria Hall de Genève.

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