Livre

Mauvais genre

«Plaisirs et débauches au masculin», plongée dans une collection particulière de petits messieurs

Mauvais genre, pages après pages

«Plaisirs et débauches au masculin», plongée dans une collection particulière de petits messieurs

Bougres, bardaches, chevaliers de la manchette, invertis, amateurs de pratiques déviantes, petits messieurs, plus récemment homosexuels et autres surnoms moins sympathiques que le jargon des XVIIIe et XIXe siècles, autant de figures qu’on retrouve dans le gouleyant ouvrage Plaisirs et débauches au masculin, 1780-1940 de Nicole Canet.

La propriétaire de la galerie parisienne de photos érotiques anciennes, Au Bonheur du Jour (située, pour la petite histoire, en face de l’ancien bordel Le Chabanais), auteur de livres de photos vintage sur les bordels de la capitale et la prostitution masculine explique avoir plongé dans ses collections, «rares sur les sujets masculins», et construit crescendo le livre d’images, pas trop pour les enfants sages: soft pour le côté plaisir, avec les aquarelles et quelques écrivains, cru pour l’aspect «débauche» avec les images très, très licencieuses du XVIIIe libertin et les photos sadomasos comme les années 1930 en raffolaient.

«Folle éclairée»

On y croise le peintre Arthur Chaplin (1869-1935), ses délicieuses aquarelles tout à fait suggestives et ses épigrammes pour les illustrer. Monsieur, se faisant coiffer: «Figaro, vous avez des doigts de fée.» Figaro: «Si monsieur veut, j’en ai aussi la baguette.» L’infant d’Espagne, aussi, homo notoire, célèbre pour ses pratiques «contre-nature», caricaturé par Sem, témoin impitoyable des mœurs du Paris des années 1900 à 1930.

On retrouve trois écrivains homosexuels: Adelswärd-Fersen, fasciné par les adolescents, Lorrain, écrivain oublié et «folle éclairée», comme le dit l’auteur, qui avoue «avoir couché cette nuit entre deux débardeurs qui m’ont débarrassé de toutes mes ardeurs», Wilde, qu’on ne présente plus. Et les petits messieurs 1900, hantant les grands boulevards, deux par deux, qui incarnèrent le portrait-robot de l’inverti, cheveux longs, fardés, voix douce, moulés dans d’élégants costumes: ils font mauvais genre, c’est-à-dire genre féminin.

Photos clandestines

La deuxième partie du livre – certes olé olé, mais extrêmement réjouissant – donne dans ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui du plus hard. On retrouve des fonds de la collection de Nicole Canet, ces photos clandestines de la fin du XIXe aux années 1930, extrêmement rares, présentant un très riche panel de membres virils en noir et blanc dans des positions tout à fait intéressantes, et un chapitre sur le SM en 1900: des cartes postales de types avec des clous partout, des photos souvent anonymes, et tout à fait crues.

Moins connues, les gravures licencieuses, voire tout à fait obscènes du XVIIIe, des députés de l’Assemblée nationale en 1790 manifestement pas en train de voter des lois, ou des membres du clergé s’adonnant à diverses pratiques sur de jeunes ouailles, délicieusement anticléricales. Pour finir ce rapide tableau d’un siècle et demi de pratiques homosexuelles, citons Verlaine, qui n’a pas parlé que de violons et d’automne: «Tant et tant que ce gros membre qui se cambre, se gonfle et tout glorieux, de ses hauts faits et prouesses, dans les fesses fonce en élans furieux.»

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