Enfants

Maux et mots d’ados

Se taire ou mentir? Lorsque les vagues de l’adolescence se cognent aux failles des parents, il n’est pas facile de grandir

«Je voudrais que la question ne se pose pas.» Telle est la réponse de Camille, lorsque la juge des familles lui demande: «Qu’est-ce que tu voudrais, toi, dans un monde idéal?»
Cette question, c’est celle du choix. Camille refuse d’avoir à choisir entre son père et sa mère, elle refuse que soit rompu l’équilibre si difficilement, si patiemment acquis, de la garde alternée; elle n’a pas le courage de recommencer. Mais sa mère part travailler en Australie, et tout est donc remis en question, y compris l’entente parentale.

Hormis de l’évidente difficulté de ce qui pèse souvent sur les jeunes épaules, ce roman signé Charlotte Erlih témoigne aussi, avec un intéressant réalisme et par petites touches, du concret des procédures judiciaires. Le lecteur emprunte les couloirs d’un palais de justice, croise avocats et clients, déchiffre des visages, se retrouve face à une magistrate. Mais le plus réussi reste ce portrait, ce presque témoignage, d’une adolescente sensible, lucide, avide de sentiments, ce qui permet à l’auteure de faire une place intéressante aux personnes qui gravitent autour d’elle – et à leur capacité finalement retrouvée de dialoguer, de s’écouter.

Road-movie en accéléré

Elle ment tout le temps, Kim. Plus par habitude que par nécessité. Elle ment même lorsque la vérité serait simple et sans conséquence. Mais lorsque sa mère, à son tour, esquive les questions, balbutie des réponses qui n’en sont pas et s’enferme dans une douleur mutique, Kim ne le supporte pas. Car ce qu’elle veut savoir, c’est où est son père, camionneur, parti pour une mission tout au Nord, mais qui les laisse sans nouvelles depuis bien plus longtemps que raisonnable. Catherine Grive, avec ce personnage d’adolescente mal dans sa peau, à la recherche de son identité (y compris d’ailleurs de son identité sexuelle, qui semble encore floue), propose une belle figure de jeune fille torturée, complexée, en quête d’un père et peut-être d’un modèle solide, fiable – chose que sa mère, trop désemparée, ne peut lui proposer.

Ce qui semblait un roman avant tout psychologique s’envole soudain en une belle aventure finale, sorte de road-movie en accéléré où Kim se révèle d’une fine intelligence. Et où les retrouvailles d’une famille sonnent comme un nouveau départ sous la plume de Catherine Grive, qui trouve pour l’occasion une tonalité particulièrement prenante.


Charlotte Erlih, «Coupée en deux», Actes Sud Junior, 96 p. Dès 12 ans

Catherine Grive, «La Fille qui mentait pour de vrai», Rouergue, 128 p. Dès 13 ans

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