Mavis Gallant, Laisse couler. Trad. d'Aymeric Erouart, Ed. Bernard Pascuito, 164 p.

Perçue aux Etats-Unis comme «un écrivain pour écrivains», la Canadienne de langue anglaise Mavis Gallant paie sans doute, selon son compatriote Russell Banks qui préface ce recueil, son long exil en France et sa discrétion obstinée plus qu'une quelconque obscurité. Ces trois longues nouvelles limpides (extraites de Varieties of Exile et de Montreal Stories ) mettent en scène deux enfants, partagés entre le français et l'anglais, le catholicisme et le protestantisme, les parents modestes de Lily et la tante bourgeoise de Steve qui a élevé ce fils unique d'un couple de missionnaires. Au fil du temps (et parfois à l'intérieur de chaque nouvelle, au gré des réminiscences des personnages), on passe de Montréal pendant la guerre au sud de la France quarante ans plus tard, de l'adolescence à l'âge mûr du narrateur Steve: séparé de Lily, il la retrouve et l'épouse, assiste à un concert où elle le quitte pour le jeune amant d'un écrivain homosexuel, avant d'en apprendre beaucoup sur elle (et sur lui) en rencontrant la fille que Lily a eue avec son dernier mari. La nouvelliste attribue à la dualité de sa vie la lucidité avec laquelle elle explore les failles de ces trois histoires.