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Maxim Vengerov, empereur de l’archet à Aix-en-Provence

Vengerov était absent depuis trois ans pour soigner un problème d’épaule. Au sommet de son art, le violoniste a donné un récital éblouissant, au Festival de Pâques d’Aix.en-Provence (avec un extrait sonore)

On réalise à quel point il a manqué. Et à quel point ses retrouvailles solistiques avec le public le portent. Trois ans d’arrêt entre 2008 et 2011, après une carrière fulgurante débutée à 5 ans, c’est peu à l’aune d’une vie. C’est énorme sur le plan musical et humain.

Il aura fallu ce temps à Maxim Vengerov pour se soigner d’un problème d’épaule. Cette parenthèse forcée lui a permis d’arrêter la course folle de sa vie d’instrumentiste et de se remettre en question. Après avoir abordé la direction d’orchestre et s’être engagé dans des festivals, académies et autres activités pédagogiques ou éditoriales, son retour attendu en soliste représente un événement. A l’issue de son récital à Aix avec le pianiste Roustem Saïtkoulov, ce fut une véritable redécouverte.

Celle d’un répertoire déserté, qui fit le bonheur d’une époque. Et d’un public fidèle à certains violonistes, Oïstrakh en tête, qui défendaient aussi bien les grandes partitions classiques que les pièces de genre. Du lourd, donc, pour commencer. Avec deux œuvres maîtresses originales (la trop rare «Sonate pour violon et piano» d’Elgar, avant la «1re Sonate» de Prokofiev).

Maxim Vengerov remet l’expressivité, la profondeur et l’inspiration au cœur du débat. A grand musicien, partitions fortes. Et dans l’instant même du premier son, une évidence: le plus phénoménal archet du monde est revenu au sommet de son art. L’artiste tutoiera les étoiles jusqu’au dernier bis, le sourire aux lèvres, les pieds aimantés au sol et les doigts foudroyants.

Ce qui place ce musicien au faîte de sa catégorie? Un jeu d’archet unique. D’une longueur infinie, posé sur coussins d’air et profondément ancré dans la corde. La lumière irréelle de ses pianissimi, aux confins de l’absence, se colore et se développe sans aucune limite. Pas plus que la contrainte ne transparaît dans l’intensité sonore et les passages techniques.

Il y a aussi son absolue liberté de ton, qui se conjugue à la facilité, au naturel et à l’aisance. Comme une source tranquille. Et puis, ces attaques pures, nettes et directement plantées dans la chair des notes, sans scorie ni accommodement. Bref, le vol est élevé, léger et mène loin. Quant aux piqués et autres vrilles de voltiges, leur souplesse en fait ignorer les dangers. Restent l’intimité et l’affection visible portées à son splendide Kreutzer et aux ouvrages caressés avec tendresse.

Le florilège présenté en deuxième partie témoigne de cette hauteur stratosphérique de jeu. Brahms («Scherzo de la Sonate F-A-E», «2e Danse hongroise»), Dvorák («2e Danse slave» arrangée par Kreisler), Wieniawsky («Légende Op.17»), Paganini («24e Caprice»), Kreisler («Schön Rosmarin», «Liebesfreud»), Eugène Ysaÿe («Ballade de la 3e Sonate» et «Caprice d’après l’étude en forme de valse de Saint-Saëns») étourdissent. Complétés en bis de deux «Danses hongroises» de Brahms, «Après un rêve» de Fauré et la «Méditation de Thaïs» de Massenet, le tout accompagné avec sensibilité par Roustem Saïtkoulov, le retour de Maxim Vengerov s’avère impérial.

(Extrait d’un des bis du violoniste Maxim Vengerov et du pianiste Roustem Saïtkoulov au festival de Pâques d’Aix-en-Provence: fin de la 1ère Danse hongroise de Johannes Brahms.)

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