Classique

Maxim Vengerov envoûtant

Le violoniste russo-israélien a livré un très beau récital couronné par cinq bis, lundi soir au Victoria Hall de Genève. Il était accompagné par le pianiste Roustem Saïtkoulov

Il vient de jouer trois bis, la foule l’acclame, et il se tourne vers le pianiste pour feuilleter quelques partitions posées pêle-mêle sur le coin de l’instrument. C’était lundi soir, au Victoria Hall de Genève. Maxim Vengerov joue alors Vocalise de Rachmaninov. Et là, soudain, le temps s’arrête, tellement il parvient à ouvrir un espace d’éternité, le violon se déployant en volutes oniriques.

A 41 ans, le violoniste russo-israélien est en grande forme. Il se montre moins exalté qu’il y a une quinzaine d’années, ayant appris à modérer ses ardeurs. Il a surtout modéré son entraînement sportif qui lui a valu de perdre l’usage d’une épaule à force de soulever des poids à la musculation! Pendant quatre ans, la star du violon a dû interrompre sa carrière avant de reprendre en 2011. Il a récupéré tous ses moyens et joue de manière très concentrée, les yeux mi-clos, les pieds solidement ancrés dans le sol. Face à lui, et loin de s’effacer, le pianiste Roustem Saïtkoulov s’impose en vrai accompagnateur.

Dans le Duo en la majeur D 574 de Schubert, on apprécie le cantabile du violon, tour à tour serein, insouciant, enjoué. La Sonate en ut mineur opus 30 no2 de Beethoven impose ses noirceurs dramatiques. Maxim Vengerov forge un dialogue serré avec le pianiste dans le premier mouvement. L’«Adagio cantabile» recèle de beaux développements lyriques, avant le «Scherzo» et le finale qui renoue avec le climat tempétueux du premier mouvement.

En deuxième partie, Maxim Vengerov s’adonne à des pièces de genre. Là où l’on pouvait craindre des tours de passe-passe un peu creux, il parvient à faire passer de l’émotion. Il s’avance d’abord seul sur l’estrade pour la Sonate op. 27 no 6 d’Ysaÿe et l’Etude «The Last Rose of Summer» de Heinrich Wilhelm Ernst – une pièce criblée d’obstacles techniques! Le Cantabile de Paganini et son Introduction et Variations sur «Di tanti Palpiti» de Rossini dégagent beaucoup de charme et d’élégance (malgré de menues approximations à la fin). La Danse hongroise no2 de Brahms, le Caprice viennois et le Tambourin chinois de Fritz Kreisler ouvrent le cortège de bis. Après ce moment de grâce que fut Vocalise, l’irrésistible «Blues» de la Sonate pour violon et piano de Ravel (aux déhanchés si exquis!) couronne une soirée de haut vol.

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