Classique

Maxim Vengerov, l’âme pédagogue

Directeur artistique de la Menuhin Academy, le violoniste russe forme une quinzaine d’étudiants triés sur le volet avec d’autres professeurs. Il entend élargir le cursus pédagogique avec de nouveaux cours sur le site de l’Institut le Rosey, lequel accueille en résidence l’académie

Samedi après-midi, 14 heures 15. Maxim Vengerov arrive à la salle du Rosey Concert Hall à Rolle, son Stradivarius sous le bras. Il croise dans le hall d’entrée Cecilia Bartoli qui répète dans la grande salle de concert inaugurée en 2014. «Je connais Maxim depuis qu’il a 14 ou 15 ans, dit la cantatrice. Nous participions tous deux à un concert avec Claudio Abbado à la Philharmonie de Berlin, et j’ai tout de suite été bouleversée par sa sonorité. Il est comme un chanteur!»

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Ce soir, le violoniste russe et la cantatrice romaine partageront la scène du Rosey Concert Hall dans une pièce de Mendelssohn (Infelice) avec les étudiants de la Menuhin Academy. Un concert de gala destiné à lever des fonds pour la fameuse académie qui cherche à élargir son cursus pédagogique avec des nouveaux modules de gestion, de droit et d’improvisation, pour être mieux armés dans leur carrière.

Depuis 2012, Maxim Vengerov est le directeur artistique de l’International Menuhin Music Academy (IMMA). Plusieurs fois par an, il donne des cours avec les professeurs de l’école dans l’enceinte du Rosey qui accueille en résidence l’académie.

Héritage prestigieux

Perpétuant l’héritage de Menuhin et de son successeur Alberto Lysy (un pédagogue réputé «terrifiant», décédé en 2009), Maxim Vengerov prend à cœur la formation des violonistes, altistes et violoncellistes venus du monde entier. «Cette académie légendaire a produit les talents les plus incroyables, s’exclame-t-il. Elle promeut la meilleure qualité d’enseignement, pas seulement musicale mais aussi fondée sur les valeurs humanistes que défendait Menuhin.»

Jeune, déjà, Maxim Vengerov a eu la chance de rencontrer le maître. «J’avais 17 ans quand il m’a accompagné lors d’un concert au Festival de Salzbourg. J’avais passé une nuit effroyable, parce que c’était l’été et j’avais été attaqué par les moustiques dans ma chambre. Mais il a su me mettre à l’aise le lendemain à la répétition, et j’ai joué pour la première fois avec lui le 5e Concerto pour violon de Mozart.» Vengerov admire celui qui fut le mentor de Menuhin, George Enesco, musicien complet qui fut à la fois violoniste, pianiste, compositeur et chef d’orchestre. «Je me considère comme un disciple de cette grande lignée de violonistes.»

Justesse expressive

A la Menuhin Academy, la quinzaine d’étudiants apprennent à jouer en solistes comme en groupes. «C’est une petite famille, explique l’Espagnol Pablo de Naverán, ancien membre de l’académie, professeur de violoncelle. Il est très important que le talent et le niveau soient là, mais la qualité de la personne est très importante aussi, puisque ces étudiants vont vivre des choses très intimes et vulnérables dans un petit groupe.» Et d’énumérer les fondements de la Menuhin Academy. «Il y a trois caractéristiques très poussées ici: la qualité du son, le degré de justesse et l’intensité du jeu.»

Professeur de violon, ancien membre lui aussi, Oleg Kaskiv explique combien la Menuhin Academy a sa propre identité musicale. «On est très exigeant pour la justesse expressive; c’est toujours propre, au millimètre.» Il ne croit pas si bien dire, puisqu’en répétition, Maxim Vengerov ne laisse rien passer.

Langage corporel

Samedi après-midi, le violoniste russe répétait l’Octuor à cordes de Mendelssohn avec sept jeunes musiciens. Exigeant, quoique bienveillant, il montre combien il est important pour chaque musicien de parvenir à communiquer avec ses pairs. «C’est toi le leader dans ce passage!, dit-il en apostrophant le troisième violon. C’est à toi de contrôler la densité du son et de te faire comprendre par le langage corporel.»

Discipline, rigueur, tout offrant un maximum de clés pour l’apprentissage: Maxim Vengerov entend fournir une formation désormais plus large, avec des cours d’économie, de direction d’orchestre, de composition, d’improvisation et même de yoga! «Savoir bien jouer du violon ne suffit pas. Si vous interprétez le Concerto de Brahms, il faut avoir quelques notions de direction d’orchestre, car ce sont trois protagonistes qui entrent en interaction: le soliste, le chef et l’orchestre. Il faut avoir des notions de composition et d’improvisation. Improviser ne signifie pas jouer n’importe quoi: l’improvisation jazz requiert la plus grande discipline!»

Ce soir, les étudiants de la Menuhin Academy joueront tour à tour en formations de chambre et en orchestre de chambre, certains d’entre eux se détachant comme solistes. «La justesse, la rondeur du son, un son mûr comptent beaucoup à nos oreilles», explique Oleg Kaskiv. Une esthétique qui reflète le jeu actuel de Maxim Vengerov, plus souverain que dans sa jeunesse où il se dépensait trop sur scène.


Maxim Vengerov et les Solistes de la Menuhin Academy. Ma 22 janvier à 20h15 au Rosey Concert Hall (complet).    

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