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Maximilian Schell au firmament du 7e art

Le grand acteur austro-suisse est mort à 83 ans. Il avait été l’un des rares Européens à avoir conquis Hollywood

Maximilian Schell au firmament du 7e art

Hommage Le grand acteur austro-suisse est mort à 83 ans

Il avait été l’undes rares Européensà avoir conquis Hollywood

Quel acteur suisse a triomphé dans le rôle de Hamlet en Allemagne et obtenu un Oscar à Hollywood, donné la réplique à Marlene Dietrich et Marlon Brando, joué pour Sam Peckinpah et James Gray, devenant lui-même un réalisateur respecté? Si la réponse ne vient pas immédiatement à l’esprit, même des plus cinéphiles, c’est qu’on oublie facilement que Maximilian Schell était Suisse, tant sa carrière fut cosmopolite. Il était d’ailleurs tout autant Autrichien, de mère et de naissance, et s’est éteint samedi dans un hôpital d’Innsbruck après une courte maladie. Il avait 83 ans.

En 2006, les Journées de Soleure s’étaient souvenues de lui, célébrant une année après Bruno Ganz celui que l’on peut considérer comme son prédécesseur. A l’exemple de Bernhard Wicki, son talent amena rapidement Schell vers d’autres horizons – au point qu’il n’est guère de pays où il n’ait œuvré. Autre point commun entre les trois hommes, une riche filmographie (une centaine de rôles au cinéma et à la télévision) qui tend à cacher une passion au moins aussi grande pour le théâtre, comme comédien et comme metteur en scène.

La scène, Maximilian Schell l’avait déjà dans le sang par sa mère, l’actrice Margarete Noé von Nordberg, mais aussi son père, le dramaturge Hermann Ferdinand Schell. Né le 8 décembre 1930 à Vienne, il quitte l’Autriche avec ses parents aussitôt après l’Anschluss et passe ses jeunes années à Zurich. Ses études (germanistique et histoire de l’art, en partie à Munich) le voient encore hésiter. Il tâte du journalisme sportif et du piano, sans oublier son service militaire, mais le théâtre, où il a débuté à 11 ans une pomme sur la tête (il jouait le fils de Guillaume Tell…), l’emporte. Comme ses aînés, la future superstar Maria Schell et le plus discret Carl, il sera acteur. Au Théâtre de la ville de Bâle dès 1952, puis sur les scènes allemandes, et dès 1955 sur les écrans, la réputation de ce jeune premier d’une folle prestance grandit rapidement.

De la dizaine de films tournés en Allemagne, on retient surtout le premier, Des Enfants, des mères et un général de Laszlo Benedek et Une fille des Flandres de Helmut Käutner, deux drames de la guerre. Son destin bascule lorsque le réalisateur Edward Dmytryk l’engage par erreur (il avait demandé Carl) pour donner la réplique à Brando dans le volet allemand de son fameux Bal des maudits (The Young Lions, 1958). Troisième acte: après avoir appris l’anglais en hâte, il excelle en avocat de la défense dans la dramatique TV Jugement à Nuremberg d’Abby Mann au point que Stanley Kramer lui fait rejouer le rôle au cinéma face à des stars telles que Spencer Tracy, Burt Lancaster ou Richard Widmark. Et c’est lui qui remporte l’Oscar 1962 du meilleur acteur!

Faut-il s’étonner dès lors que l’essentiel de sa carrière sera lié de près ou de loin au thème de la Seconde Guerre mondiale? On le verra en ex-nazi dans Les Séquestrés d’Altona de Vittorio De Sica, d’après la pièce de Sartre, et en officier prussien vieille école dans Croix de fer de Sam Peckinpah; en simili-Eichmann dans The Man in the Glass Booth d’Arthur Hiller et en résistant dans Julia de Fred Zinnemann (deux autres nominations à l’Oscar); et même en père d’Anne Frank dans une version TV du Journal, prélude à toute une série de rôles juifs.

Schell aura quelques autres opportunités pour montrer l’étendue de son registre, mais rarement dans des grands films, que ce soit dans le rôle-titre du Simon Bolivar d’Alessandro Blasetti, en mystérieux savant fou dans Le Trou noir, une SF pour Disney, ou en sénateur meurtrier dans Justice de Hans W. Geissendörfer, d’après le roman de son ami Friedrich Dürrenmatt. Est-ce la raison pour laquelle il décide de se lancer dans une carrière parallèle moins commerciale mais plus satisfaisante?

Il commence par produire une version de Château de Kafka dans laquelle il incarne le héros K (Rudolf Noelte, 1968). Puis il se lance dans la réalisation avec une adaptation de Premier Amour d’Ivan Tourgueniev (tournée en Hongrie, mais la production est helvétique) et Der Fussgänger, scénario original qui remue le passé nazi en Allemagne, deux films salués pour leur finesse. En 1975, il tourne enfin en Suisse (mais en anglais) Le Juge et son bourreau, autre «policier» de Dürrenmatt, puis en Autriche les grinçantes Légendes de la Forêt viennoise d’Ödön von Horvath.

Pourquoi s’est-il donc arrêté, à 50 ans, pour ne plus signer que deux portraits documentaires, Marlene (1984) et Ma Sœur Maria (2002)? Sans doute que ses goûts très littéraires ne firent guère d’étincelles au box-office. Mais ses talents derrière la caméra restèrent aussi moins admirés par la critique que ses prestations devant. Dès lors, il n’arrêtera plus de faire l’acteur, son dernier film important étant Little Odessa du jeune James Gray, en père-ogre d’une famille russo-américaine.

Dans son récit autobiographique Der Rebell (1999), ce grand séducteur raconte un moment charnière de sa vie, en 1985, lorsque, sur le tournage éprouvant de la mini-série Pierre le Grand, il craqua pour une beauté russe de 25 ans sa cadette, Natalia Andreïchenko (ils divorceront en 2005, non sans avoir eu une fille, Nasstassja). Sur le tard, Schell développera encore une passion pour l’opéra, signant quelques mises en scène avant de se remarier avec la cantatrice Iva Mihanovic (née en 1978…). Avant sa mort, survenue sur le tournage d’un téléfilm, il trouva encore le temps de publier un recueil de souvenirs: Ich fliege über dunkle Täler («Je vole par-dessus de sombres vallées», 2012), dans lequel il déclarait se considérer plutôt comme un éternel étudiant qu’un homme ayant «réussi». Le secret de sa longévité artistique?

L’essentiel de sa carrière est lié de près ou de loin au thème de la Seconde Guerre mondiale

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