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Maximilian von Vier: «J'avais la narration visuelle en moi ; raconter une histoire avec des images m'a toujours semblé plus facile que de respirer.»
© David Wagnières pour «Le Temps»

Créativité en exil (2/5)

Maximilian von Vier, esclave de sa passion du cinéma

Le réalisateur lausannois a autofinancé un premier long métrage, «Suicide Club», réalisé à Londres et remarqué dans les circuits des festivals alternatifs nord-américains

Du 2 au 6 juillet, «Le Temps» part à la rencontre de Suisses(ses) qui s'illustrent par une créativité débridée à l'étranger.

Episode précédent: Tina Roth Eisenberg, une Swissmiss à Brooklyn

Notre page spéciale: Créativité suisse

C’est peu dire que Maximilian von Vier a le cinéma chevillé au corps. On a à peine eu le temps de lui demander à quand remonte son envie de réalisation qu’il s’emballe aussitôt: «Depuis tout gamin, le rêve de ma vie c’est de faire du cinéma. Mais le problème, c’est qu’on n’a pas, en Suisse, de véritable industrie. C’est quasiment impossible de faire carrière et de vivre de son métier en restant ici.» Sans compter que faire du cinéma, c’est cher… «C’est clair que si ma passion était l’écriture, ça aurait été plus facile», rigole le Lausannois, qui a entamé sa carrière dans la bande dessinée. Car dans le fond, dit-il, il s’agit aussi de narration visuelle, d’un art consistant à raconter une histoire avec des images.

En autodidacte

Après un crochet de deux mois dans une école d’art d’Angoulême, le temps de se rendre compte qu’il n’est pas fait pour suivre un cursus officiel et préfère se former en autodidacte, il se lance dans un projet d’album. Le one shot King Richard – signé Max Vier – sera finalement publié aux Editions Paquet, après un long processus créatif, en 2013. Le Vaudois a alors une petite vingtaine et, au-delà de ce premier aboutissement, continue de se sentir dévoré par son désir de cinéma et la certitude qu’il est fait pour ça.

Il a alors deux courts métrages à son actif, dont The Host, projeté aux Journées de Soleure et au Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF), et se demande comment passer à l’étape supérieure. «Cette passion me définit; ne pas l’assouvir, c’est mourir, m’éteindre. En fait, je suis l’esclave de ma passion», résume-t-il alors qu’il est train de travailler sereinement sur son deuxième long métrage.

Le premier, Suicide Club, est un efficace thriller psychologique en huis clos tourné au printemps 2017 à Londres pour 30 000 francs. Un galop d’essai qui lui a valu une douzaine de récompenses dans des festivals nord-américains. Les New York City Indie Film Awards, avec leur compétition en ligne, lui ont décerné le prix du meilleur thriller; à Toronto, où l’Open World Film Festival soutient les talents émergents et les projets qui ne sont pas issus des circuits de production traditionnels, Suicide Club a carrément été sacré meilleur film. «Lorsque j’écris dorénavant à des producteurs en y ajoutant la liste des prix reçus, ils me répondent rapidement, ce qui n’était pas toujours le cas auparavant», se réjouit le réalisateur.

Etudes techniques

On a beau avoir la conviction qu’on est fait pour le cinéma, encore faut-il en maîtriser les outils. Alors qu’il n’avait jamais touché une caméra, Max von Vier a ainsi fait le choix, en 2007, de suivre un an de formation dans une école technique. Il aurait rêvé de s’installer à Los Angeles, «au cœur de l’industrie», mais a vite dû déchanter: trop cher, sans parler des difficultés à obtenir un visa. Il s’inscrit finalement au SAE Institute de Londres. Une école – SAE pour School of Audio Engineering – historiquement axée sur le son avant qu’elle ne s’ouvre au multimédia.

C’est l’occasion pour lui de se pencher non sur une approche esthétique du médium cinéma, mais d’avoir accès à différents logiciels. «Tout ce que je savais à ce moment-là, c’est que j’avais la narration visuelle en moi; raconter une histoire avec des images m’a toujours semblé plus facile que de respirer. Me manquait juste la technique.» A Londres, il vit «dans un studio grand comme une salle de bain suisse», mais se sent bien au sein d’une scène indépendante où «beaucoup d’acteurs et techniciens sont prêts à être modestement défrayés afin d’ajouter une ligne à leur CV».

Après deux courts métrages tournés pour quelque 300 francs se pose alors la question du financement de ce premier long dont il rêve. «L’énergie du désespoir» le pousse alors sur la route: pour économiser de l’argent, quoi de mieux, en effet, que de ne plus avoir de loyer ni de frais de bouche? Max von Vier décide de parcourir le monde sac au dos, en utilisant différentes plateformes d’échange de services basées sur le volontariat et consistant à être nourri et logé en échange de quelques travaux. Le voilà ainsi qui récolte du riz au Japon ou qui aide à la construction d’un bungalow dans l’archipel hawaïen.

Italie, France, Etats-Unis, Australie, Chine: en deux ans, il effectue deux tours du globe, restant un maximum de trois mois dans chaque pays, pour des questions de visa. Sur son temps libre, il effectue en freelance des travaux de sous-titrage pour Netflix et d’autres plateformes de streaming. «Il suffit de maîtriser deux langues et de savoir se mettre dans la peau des personnages…» L’anglais, qu’il parle parfaitement, il l’a appris en voyageant et en dévorant des films, sur le modèle empirique qu’il affectionne tant. Il a fait de même avec le japonais et a acquis les premières bases du chinois.

Volontarisme à toute épreuve

Après deux ans de nomadisme et l’aventure Suicide Club, qui devrait être disponible sur Netflix et d’autres plateformes – ainsi qu’en DVD et Blu-ray – à l’automne, Max von Vier a décidé de revenir quelque temps en Suisse en attendant de tourner son second long métrage, «un thriller fantastico-gothique proche de l’univers d’Edgar Allan Poe» plus ambitieux et coûteux, qu’il a devisé à 2 millions mais dit pouvoir au besoin réaliser pour trois fois moins. Il ne compte pas le financer lui-même et est pour l’heure en contact avec des producteurs californiens et belges. Il a beaucoup d’autres projets sous le coude, dont un film sur l’Holocauste qu’il espère bien pouvoir réaliser un jour, lui qui avoue une passion pour les films historiques et cite en modèles Lincoln de Steven Spielberg et Amadeus de Milos Forman.

Il a 35 ans, mais semble avoir déjà eu mille vies tant il a de choses à raconter. Lorsqu’on quitte le Lausannois, on a en tout cas une certitude: son volontarisme à toute épreuve et l’énergie qu’il met à défendre ses projets et sa vision du cinéma devraient lui permettre d’ouvrir bien des portes, là où en Suisse, souvent, les cinéastes attendent d’être subventionnés pour mettre sur les rails un nouveau projet. Pour eux, il n’a qu’un conseil: «Lancez-vous!»


Profil

1982 Naissance à Lausanne.

2013 Dessinateur et scénariste de la bande dessinée «King Richard», Editions Paquet.

2007 Etudes techniques de cinéma au SAE Institute de Londres.

2017 «Suicide Club», premier long métrage.

2018 Finance son deuxième film.

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