Des Suisses à Hollywood
Zoom avant sur les Helvètes qui, tous métiers confondus, ont réussi à se faire une place dans la Mecque du cinéma.
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Sur l’écran de notre ordinateur, en direct de Los Angeles, elle a une mine éclatante. Et pourtant, la Genevoise Maya Stojan, 36 ans, est maman d’un petit Leo depuis à peine six jours au moment de notre interview. «Vous êtes les premiers pour lesquels je fais un effort de présentation depuis la naissance», glisse-t-elle en riant. On avait découvert cette actrice il y a quelques années dans la série Castle, où elle a campé pendant un peu plus de deux ans la «geekette» de l’équipe. Depuis, elle a pointé le bout de son nez dans bon nombre de séries (Magnum P.I., The Resident…) et autres direct to video, dont certains se fraient parfois un chemin jusque dans nos contrées.

Née à Genève en 1986, d’une maman sri-lankaise et d’un papa tchèque, Maya Stojan est partie tenter sa chance aux Etats-Unis à l’âge de 18 ans. Une jolie réussite puisqu’elle était la semaine dernière au cœur d’un crossover géant entre les séries NCIS, NCIS: Los Angeles et NCIS: Hawai’i (pas encore de date de diffusion prévue sur la RTS), dans le rôle d’une agente de la CIA venue aider les enquêteurs des forces navales. Rencontre avec une jeune maman prête à tout donner, et qui d’emblée nous assure avoir parfaitement récupéré de son accouchement: «Je suis un peu en manque de sommeil, mais, et en dehors de ça, c’est juste la plus belle chose qui me soit arrivée!»

Le Temps: Vous êtes donc non seulement une maman heureuse, mais également une actrice comblée puisqu’on vous retrouve au cœur de ce «crossover» historique entre les trois séries «NCIS»…

Une actrice miraculée, même, sur ce coup-là, dans la mesure où ils m’ont laissé interpréter ce rôle assez physique alors que j’étais enceinte de sept mois. Je devais courir, me battre avec un gars, manier des armes à feux… Mais je voulais justement prouver, autant aux autres qu’à moi-même, que je pouvais tenir ce type de rôle même en étant enceinte.

Vous l’aviez donc caché à la production pendant l’audition?

Depuis le covid, on enregistre nos auditions à la maison. Il suffit d’avoir un téléphone portable et quelqu’un pour nous donner la réplique. Là, je m’étais filmée en plan moyen, avec mon ventre hors champ. Bon, je devais quand même fournir un plan en pied mais comme je suis restée assez fine pendant la grossesse, je m’étais simplement habillée en noir pour cacher le ballon de basket de mon ventre… Et quand quelques jours plus tard, on m’a appris que j’avais le rôle, j’ai paniqué: j’avais si peur qu’ils me le retirent en apprenant que j’étais enceinte.

Comment leur avez-vous annoncé votre grossesse?

C’est mon agent qui s’en est chargé. Les producteurs m’ont alors envoyé une liste des scènes d’action que le rôle demandait, et à partir du moment où j’ai donné mon accord, c’était bon. Après, sur le plateau, ils ont tous été aux petits soins pour moi: les réalisateurs se préoccupaient de savoir si je m’hydratais assez, les producteurs me donnaient des conseils sur l’accouchement… J’avais pourtant une vision d’Hollywood où on renvoyait plutôt les mamans à la maison! Mais je crois que le milieu est en train de changer. Il y a cinq ans, on m’aurait dit: «On préfère que vous restiez en sécurité chez vous et on va opter pour une autre actrice.»

Et vous, vous n’avez jamais eu d’inquiétudes par rapport à ces scènes physiques?

Non, je savais que je pouvais y arriver. Mon personnage n’apparaît pas dans le premier épisode, on ne fait alors que parler de lui, mais dans un des deux autres, je suis même équipée d’un gilet avec des explosifs et des armes à feu et j’ai une séquence où je tabasse quelqu’un… Et en dehors d’une scène où mon personnage se jette à terre, pour laquelle ils ont fait appel à une doublure, j’ai tout fait.

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Faut-il voir dans cette évolution d’Hollywood l’influence du mouvement #MeToo?

Je ne sais pas… Je crois que le monde change, tout simplement, et qu’Hollywood commence à réaliser que les femmes y ont leur place. Elles tiennent des rôles de plus en plus importants au sein de l’industrie et j’adore travailler avec elles. Elles ont de l’intuition, sont douces mais savent aussi se montrer fortes. Je suis en train d’écrire un scénario avec deux femmes et la collaboration est merveilleuse. On sent un vrai changement. D’ailleurs, du côté de la diversité aussi. Je trouve ça génial.

Quels retours avez-vous eus à la suite de la diffusion du «crossover» aux Etats-Unis?

Plein de gens m’ont appelée pour me féliciter. Mais je suis surtout contente de mon travail, alors que je suis en général très critique. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois que je suis vraiment fière de moi. Après, on verra ce que les gens en pensent… Leurs critiques ne sont parfois pas tendres.

Ça vous affecte?

Je mentirais si je vous disais le contraire. Mais j’essaie de les oublier vite. Parfois, à la suite d’interviews sur internet, je lis des commentaires du style: «Mais c’est qui, elle? Elle est moche!» Mon mari aussi, Todd Clever, un des joueurs les plus connus du rugby américain, en voit de toutes les couleurs avec son côté rebelle, ses longs cheveux, sa barbe… On le traite d’homme des cavernes ou de SDF. Un soir où j’étais justement un peu déprimée, on avait passé une soirée à comparer nos pires critiques! Qu’est-ce qu’on avait ri.

Le covid a-t-il changé quelque chose dans votre métier?

Déjà, ça m’a apporté un mari, parce qu’on s’est connu au début de la pandémie. J’ai toujours été à fond dans ma carrière et si le monde ne s’était pas arrêté à ce moment-là, je n’aurais pas pris le temps de le connaître. Mais sinon, le fait que tu enregistres dorénavant ton audition à la maison, ça change tout. Avant, tu te retrouvais parfois dans une pièce face à une dizaine de personnes. C’était stressant! Alors que là, tu es seule chez toi, tu peux refaire autant de prises que tu veux et n’envoyer que la meilleure… Et puis si on passe cette première étape, on retrouve les producteurs sur Zoom pour discuter du rôle et jouer une autre scène avec cette fois un acteur pro. Après, sur le plateau, tout est sécurisé. Entre les prises, tout le monde porte le masque, chacun mange, isolé, dans sa loge… Ça commence enfin à se relâcher un peu mais l’an passé, on avait encore un «shérif covid» sur le plateau qui surveillait tout.

Dossier: Des Suisses à Hollywood

Vous venez de finir le tournage d’un film, «Hunt Club», avec Mickey Rourke, un acteur qui n’est pas réputé pour être très facile. Comment ça s’est passé?

Je vais me la jouer no comment, sur ce coup! Mais disons que sa réputation n’est peut-être pas usurpée… Le rôle était d’ailleurs, là aussi, assez physique, et on s’affronte dans un combat à mains nues. Mais il m’a tout de même surprise à la fin du tournage en me prenant dans ses bras et en me disant: «Je te souhaite tout le meilleur.» Je le sentais très sincère et ça m’a beaucoup touchée.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière, avec votre bébé?

J’ai maintenant deux amours dans la vie: mon fils et mon métier. Donc je vais essayer de concilier les deux. L’idéal serait d’emmener mon bébé sur le plateau, avec quelqu’un pour m’aider à m’en occuper. J’ai envie de montrer qu’on peut à la fois avoir une carrière et être maman.