Roman

Maylis de Kerangal trace une tangente vers l’est

La romancière française a pris le Transsibérien avec d’autres écrivains lors d’un voyage en 2012. Elle en tire un bref roman, vrai et maîtrisé

Genre: Roman
Qui ? Maylis de Kerangal
Titre: Tangente vers l’est
Chez qui ? Verticales, 128 p.

Quatorze écrivains français sont montés à bord du Transsibérien, en voyage littéraire organisé, à la fin du printemps 2010. Voilà qui explique pourquoi les textes sur la Sibérie abondent soudain. L’an passé, Sylvie Germain avait tiré de son voyage un bel hommage à sa mère dans Le Monde sans vous (Albin Michel), tandis qu’Olivier Rolin et Mathias Enard ont publié, chez Inculte, Sibérie et L’Alcool et la nostalgie . En cette rentrée d’hiver, trois nouveaux livres issus de ce voyage sont parus: Transsibérien de Dominique Fernandez (Grasset), Sibir de Danièle Sallenave (Gallimard) et cette Tangente vers l’est de Maylis de Kerangal. Ce dernier livre fait le choix de la fiction et c’est ce qui fait, en l’occurrence, son originalité.

Maylis de Kerangal échafaude une histoire où un jeune conscrit russe – le Transsibérien, moins cher que l’avion, est en effet un mode de transport prisé des militaires – et une voyageuse française se découvrent une complicité presque muette, Aliocha parlant le russe, Hélène, le français. Complices encore dans la fuite, l’un veut échapper au service militaire, à ses bizutages extrêmes, aux engagements possibles sur des fronts douteux et dangereux, Hélène, elle, en crise avec son amant russe, s’en va, fuyant vers l’extrême orient russe, vers Vladivostok, vers l’océan et la gare terminale du Transsibérien qui met sept jours pour y parvenir depuis Moscou.

Maylis de Kerangal a montré, dans Naissance d’un pont (Verticales, 2010), roman qui lui a valu le Prix Médicis, qu’elle savait mobiliser une prose riche et dense au service de ses récits. Ce qu’elle imagine de la vie des jeunes conscrits, les images qu’elle produit à travers le personnage d’Aliocha, mais aussi des employés du train, dégagent une impression de vérité, tout comme ses descriptions des quais et des wagons. Romancière française, Maylis de Kerangal a cette faculté trop rare de savoir quitter son centre de gravité francophone pour s’intéresser véritablement à l’autre. Elle parvient à se projeter en lui de manière convaincante. Elle installe de plus, au fil des pages, un suspense qui tient en haleine. Tangente vers l’est est un petit roman compact, direct, vrai et bien maîtrisé.

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