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«Seul en scène avec ses instruments mécaniques, son humour pince-sans-rire et son talent virtuose d’arrangeur, il aura réussi à fasciner et émouvoir.» (Paléo/Boris Soula)

Paléo 2016

La mécanique miraculeuse de Stephan Eicher

Le chanteur bernois a installé ses automates musicaux sur le terrain de l’Asse. Fascinant, délicat et poétique

Jeudi soir à 22h30, Stephan Eicher et ses automates étaient pris en sandwich. Chronologiquement entre Jain, Francis Cabrel et Massive Attack. Physiquement entre l’entrée du Paléo Festival et le Forum, la scène des Arches donnant cette désagréable impression d’être un lieu de passage. Les sons de basses qui montent du Club Tent ébranlent d’ailleurs régulièrement la bulle sonore. Mais le chanteur bernois en a vu d’autres. Et, seul en scène avec ses instruments mécaniques, son humour pince-sans-rire et son talent virtuose d’arrangeur, il aura réussi à fasciner et à émouvoir.

Stephan a cette capacité renversante à se réinventer constamment. Chacun de ses concerts est une ode à la créativité scénique et à la recherche du bon son. En trente-cinq ans de carrière, on l’aura vu jongler entre samplers et ordinateurs dans les clubs underground, se rouler par terre avec sa guitare électrique sur les plus grandes scènes, faire frire des rösti dans une poêle géante entre son bassiste et son batteur pour les partager ensuite dans le hall avec son public, ou terminer un show en sillonnant la salle avec tambour en bandoulière et cuivres en file indienne. Le musicien connaît les rouages d’un bon concert, mais n’hésite jamais à les faire grincer.

Dressage de poil

Depuis le printemps 2015, c’est sur un orgue lumineux, une batterie suspendue, un accordéon, un xylophone et des «Tesla coils» – ou bobine Tesla, ce générateur d’éclairs à 250 000 volts modulés par le son d’un instrument – qu’il a pointé sa baguette magique de chef d’un orchestre fantomatique.

Tout semble facile pour Stephan Eicher. Le numéro d’illusionniste fonctionne donc parfaitement. Car le dispositif mis en place pour son show «automatique» demande justement une concentration sans faille et une précision horlogère. En gros, il joue avec les pieds (si si) pour actionner les automates, chante, et gratte simultanément.

Et offre une occasion sublime, poétique, de redécouvrir «Two people in a room», «Rivière», «Les filles du Limmatquai», «Combien de temps», «Hemmige». Ou certaines paroles qui, surgies d’un autre siècle (du temps où il suffisait d’éviter le journal du matin pour pouvoir déjeuner en paix), continuent de résonner puissamment: «L’homme est un animal, me dit-elle… Elle prend son café en riant et me regarde à peine. Plus rien ne la surprend sur la nature humaine…»

Les arrangements sont d’une délicatesse jubilatoire. Eicher jongle, chante, murmure, s’amuse, instruit, explique le fonctionnement de ses bobines Tesla alors que des éclairs tombent à proximité de l’Asse et que des gouttes de pluie achèvent de nous faire dresser le poil.


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