Mikaël est confronté à un Paris qu’on ne voit pas, celui des solitaires et des angoissés, des toxicomanes qui ont besoin de médicaments de substitution pour tenter de survivre. Troisième long métrage d’Elie Wajeman, Médecin de nuit est un récit social, pense-t-on d’abord, avant que sa possible approche documentaire ne soit rapidement dynamitée par l’irruption d’un drame familial: la femme de Mikaël, qui ne supporte plus de le voir constamment les fuir, elle et leurs filles, lui pose un ultimatum. Mais elle ignore forcément qu’il a, en marge de son activité chronophage, une maîtresse. Une pharmacienne qui, pour rajouter une couche de drame, est la fiancée de son cousin. Et le film de se muer, finalement, en thriller: pour aider ce cousin aussi charismatique qu’il est taciturne, Mikaël le gentil médecin trempe dans un trafic de Subutex.

Afin de «créer une urgence incroyable», Wajeman a choisi de ramasser son récit sur une seule nuit, quelques heures qui seront pour Mikaël décisives, tant pour sa vie professionnelle que pour sa vie familiale. Jouant avec les codes du film noir, il réussit à garder une tension constante, mais l’accumulation des péripéties en 80 minutes est, au final, la force et la faiblesse du film: source de cette urgence, elle empêche en même temps une réelle empathie, les personnages restant comme des pions qu’on déplacerait sur un échiquier. Jusqu’à son dénouement, qui voit le thriller emprunter au drame shakespearien, Médecin de nuit se fait ambivalent, captive et agace.