Cinéma

Mediator, trop de morts

Dans «La Fille de Brest», Emmanuelle Bercot retrace le scandale pharmaceutique français, avec une sensationnelle Sidse Babett Knudsen

Qui se souvient de l’affaire Mediator, qui défraya la chronique au tournant des années 2010? Devant la succession rapide des scandales, il n’est pas inutile qu’un film revienne sur celui-ci, qui révéla le cynisme d’une industrie pharmaceutique couverte par une autorité de surveillance défaillante. Voulu par ses producteurs et confié à Emmanuelle Bercot, «La Fille de Brest» se veut une sorte d’«Erin Brockovich» (Steven Soderbergh, 2000, sur une affaire de pollution) à la française. Mission accomplie, au prix toutefois d’une certaine impersonnalité.

Fiction documentée

Tout débute en 2007 quand, dans son hôpital de Brest, la pneumologue Irène Frachon commence à suspecter le Mediator, un médicament pour diabétiques, d’aggraver la situation de ses patients, voire même d’être la cause de certaines morts suspectes. Elle convainc Antoine Le Bihan (double fictif de Grégoire Le Gal), son chef de service rompu à la recherche, de lancer une étude pour publication. Avertis de la menace, les laboratoires Servier contre-attaquent tandis que l’Agence de sécurité sanitaire temporise. Il lui faudra passer par la publication d’un livre, «Mediator 150mg – combien de morts?», au sous-titre aussitôt censuré par la justice, et un déballage dans les médias pour enfin se faire entendre…

Certains connaîtront bien sûr déjà l’issue de ce combat à la David contre Goliath (en réalité toujours devant la justice, pour la question délicate des indemnisations). Mais l’intérêt et le suspense n’en seront pas amoindris, tant ce type de récit, où la vérité finit par triompher grâce à l’acharnement d’un individu courageux, connaît d’obstacles et de rebondissements eux aussi révélateurs. Dans un genre où les Américains sont passés maîtres, des «Hommes du président» à «Silkwood» et «Révélations», Emmanuelle Bercot («Elle s’en va», «La Tête haute») signe une approximation honnête quoique sans génie.

Féminisme implicite

Rythmé comme un thriller malgré sa matière pauvre en action, le film donne aussi à voir (attention, scène d’autopsie éprouvante!) la réalité des dégâts occasionnés par ce médicament prescrit à la légère pendant une trentaine d’années et dont les victimes se chiffrent par milliers. Mais si le film accroche, c’est surtout grâce au choix a priori curieux de la Danoise Sidse Babett Knudsen (vedette de la série «Borgen», césarisée pour «L’Hermine») pour incarner la très Française Irène Frachon. Même si elle a été encouragée à en faire un peu trop, face à des personnages masculins tous un peu falots, elle impose un personnage auquel on s’attache de plus en plus, de l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire. Jusqu’à donner envie d’en découdre soi-même avec un système qui nous impose ses produits aberrants, polluants ou inutiles, dans sa quête effrénée de profits.


** La Fille de Brest, d’Emmanuelle Bercot (France 2016), avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Isabelle De Hertogh, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes, Gustave Kervern. 2h08

Publicité