Le prix Médicis à Terminus radieux, c’est une excellente nouvelle: il est demandé au jury, dans les statuts, de privilégier «un auteur qui n’a pas la notoriété qui correspond à son talent». C’est exactement le cas d’Antoine Volodine – un écrivain qui « écrit en français une littérature étrangère », qui a publié quarante-et-un livres sous quatre noms, que l’Université et la critique célèbrent mais qui demeure largement ignoré du grand public, en dépit du recueil Des Anges mineurs, qui a reçu le prix du Livre Inter en 2000.

Si l’œuvre de Volodine est atypique, réductible à rien de connu en littérature française, elle n’est nullement inabordable. Si l’on accepte d’entrer dans l’univers «post-exotique» qui est le sien, avec son étrangeté, son humour noir, ses obsessions et sa musicalité, on a accès à une épopée onirique et politique située dans des lieux et des temps indéterminés et qui parle de notre réalité.

La nature indifférente

Dans les 600 pages de Terminus radieux (Editions du Seuil/Fiction&Cie), les thèmes essentiels de Volodine sont réunis: dans la taïga, après l’échec de la deuxième Union soviétique et une catastrophe nucléaire majeure, le kolkhoze Terminus radieux abrite une population de survivants. La frontière entre la vie et la mort est poreuse. On y croise des soldats en déroute, des créatures mythologiques mi-humaines mi-animales, issues du folklore sibérien, des fidèles du socialisme. Quelques trains roulent encore vers des camps en ruines. La nature, indifférente à ce gâchis, fleurit de mille plantes dont les noms merveilleux donnent sa poésie au livre.

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Un fil court, comme dans tous les romans de Volodine : la nostalgie de l’idéal de solidarité du bolchévisme, la foi en l’amitié et en l’amour qui persiste. Une mélodie contrariée par le constat de l’échec et la dérision. Volodine a toujours déclaré écrire au nom d’une communauté d’écrivains – résistants, en prison, morts, parfois sous son nom, parfois sous ceux de Lutz Bassmann, Manuela Draeger, Elly Kronauer. Ce prix leur revient à tous.