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Le meilleur du photojournalisme pour une presse mal en point

Le Swiss Press Photo démontre la richesse du travail des professionnels suisses, dans un marché confronté à la crise

Ironie du sort. Un reportage de l’Hebdo a été couronné ce vendredi d’un Swiss Press Photo. Zalmaï l’emporte dans la catégorie étranger pour son très beau travail sur l’évacuation de la jungle de Calais. Il a été publié en octobre dernier dans les pages du magazine, déclaré mort quelque trois mois plus tard.

A voir: Une sélection des photographies primées

Chaque printemps, la Fondation Reinhardt von Graffenried récompense les photographes qui ont marqué l’année précédente. En 2011, elle a élargi le concours au journalisme de presse écrite, radio, web et vidéo.

«Les médias n’ont plus d’argent pour financer des reportages de fond, il faut donc désormais compter sur les prix, constate Michael von Graffenried, fondateur et manager du Swiss Press Photo. Ce concours n’a jamais été aussi pertinent car il montre aux rédactions que la photographie est importante et qu’il faut continuer à travailler avec des professionnels. Le gagnant de chaque catégorie touche 2000 francs, ce qui finance déjà un reportage ou un billet d’avion. Et celui qui sera distingué parmi ces six recevra 20 000,00 francs. Idem avec les journalistes; 142 000,00 francs sont distribués en tout cette année.»

Réductions drastiques des coûts

La profession en effet n’a jamais tant manqué de moyens. Les journaux licencient et réduisent drastiquement leurs coûts. La commande passée à un photographe indépendant n’est plus automatique; on fait avec les grandes agences, les banques d’images, parfois les journalistes ou la production amateure florissant sur la Toile.

«Evidemment, nous sommes inquiets: L’Hebdo est mort et l’un de nos autres grands clients est Le Temps, note Nicolas Righetti, membre de l’agence lundi13. Je travaille encore à 60% pour la presse et 40% pour le corporate mais si j’attendais que les journaux m’appellent, il ne se passerait pas grand-chose. Lundi13 se porte plutôt bien parce que nous sommes très actifs, nous publions des livres, organisons des expositions, avons lancé la revue Météore etc.»

Quand le tirage diminue ou qu’un magazine comme l’Hebdo disparaît, cela se répercute sur notre chiffre d’affaires

Même son de cloche chez Keystone: «Les agences dépendent de la bonne santé de leurs clients, souligne Laurent Gilliéron, chef photographe adjoint. Quand le tirage diminue ou qu’un magazine comme l’Hebdo disparaît, cela se répercute sur notre chiffre d’affaires, généralement un an après quand les contrats sont renégociés». Le reporter garde en mémoire la crise de 2008 lorsque le marché publicitaire s’était effondré; Keystone avait alors dû licencier et les employés baisser leur taux d’activité à 90%.

L’agence zurichoise a reçu ce vendredi le premier prix de la catégorie Actualité, avec une étonnante image de flamants roses dans une serre. «Mon collègue Anthony Anex a eu l’idée d’aller voir ce qu’il se passait au Tierpark de Berne en pleine période de grippe aviaire. C’est ça la plus-value du photographe journaliste», ajoute Laurent Gilliéron.

Parmi les habitués romands du palmarès, Jean Revillard est salué pour sa documentation du périple de Solar Impulse dans la sélection Histoires suisses. Mark Henley, collaborateur régulier du Temps, gagne la première place des portraits pour sa traque de Gerhard Pfister quelques semaines avant son élection à la tête du PDC Suisse, Fred Merz est troisième avec une image mélancolique de Pierre Bergé.

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