Rien de plus beau qu’une berceuse de Schumann, toute de douceur, pour clore un concert sur une note apaisée. Le clarinettiste Paul Meyer, l’altiste Gérard Caussé et le jeune pianiste David Fray ont paru très soudés dimanche soir à l’église de Rougemont. Cette capacité à se fondre en un seul souffle, les voix de la clarinette et de l’alto comme entrelacées sur un accompagnement de velours au piano, résumait une soirée placée sous le sceau du partage.

Ce concert marquait le troisième rendez-vous des Sommets musicaux de Gstaad. Dans une ambiance feutrée, l’altiste Gérard Caussé et David Fray ont d’abord joué la «Sonate en trio No 5 en do majeur BWV 529» de Bach. Ecrite à l’origine pour l’orgue, cette œuvre (donnée ici dans une transcription) développe une écriture à trois voix. L’alto de Gérard Caussé possède un grain sonore particulier, boisé, un peu rugueux. On regrette quelques écarts d’intonation au sein d’un langage musical qui ne pardonne aucune erreur. David Fray accompagne son camarade en ponctuant les rythmes avec subtilité; il développe des clairs-obscurs dans le très beau Largo.

Lyrisme et âpreté

Le clarinettiste Paul Meyer a ensuite rejoint les deux musiciens dans les «Märchenerzählungen pour clarinette, alto et piano opus 132» de Schumann. Ici, on admire autant le lyrisme que l’âpreté conférés à ces pages. Paul Meyer est d’une élégance remarquable, jouant avec une subtilité qui révèle les couleurs secrètes d’une musique riche en tourments intérieurs. Dans les «Märchenbilder pour alto et piano opus 113», Gérard Caussé fait magnifiquement ressortir la mélancolie propre à Schumann. David Fray cerne bien l’esprit de cette musique, allégeant le toucher dans les épisodes lyriques, marquant les accents dans les passages plus enfiévrés.

Classicisme apollinien

Puis, les trois musiciens ont joué le «Trio des quilles» de Mozart. A nouveau, ils forgent une belle unité dans cette œuvre au classicisme apollinien. Rien n’est forcé, tout coule de source, y compris dans le rondo final aux thèmes d’une candeur insouciante. «Less is more» semble être leur devise, dans une volonté d’alléger le tissu musical au maximum.


Les Sommets musicaux de Gstaad. Jusqu’au 4 février. www.sommetsmusicaux.ch