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Mélanie René, la Suisse à l’Eurosong

D’origine mauricienne, la Genevoise portera les couleurs de la Suisse à Vienne lors de la demi-finale du concours de l’Eurovision, le 21 mai. Auteure et compositrice, la chanteuse a écrit «Time to Shine» dans un anglais qu’elle parle parfaitement

D’origine mauricienne, la Genevoise portera les couleurs de la Suisse à Vienne lors de la demi-finale du concours de l’Eurovision, le 21 mai

Auteure et compositrice,la chanteuse a écrit «Time to Shine» dans un anglais qu’elle parle parfaitement

Une Romande dans les finalistes de l’Eurovision, cela ne s’est pas vu depuis 1996. Une victoire helvétique, cela remonte à encore plus longtemps: à l’année 1988. Il faut dire que la Suisse, l’un des sept pays fondateurs de ce concours, s’était offert une sacrée voix pour défendre les couleurs de son drapeau: celle de la Canadienne Céline Dion, qui avait remporté le trophée avec «Ne partez pas sans moi». Et si la Suisse remportait le 60e concours Eurovision de la chanson cette année?

Mélanie René est à l’image d’une Suisse du XXIe siècle, avec sa population au sang mêlé, même si le mythe fondateur de l’Helvétie comme terre d’accueil a pris un peu de plomb dans l’aile. La jeune femme de 24 ans est née à la Clinique des Grangettes à Genève, le 1er septembre 1990, de parents Mauriciens nés à Port-Louis et dotés du passeport anglais. Elle a fait ses écoles entre Genève, la France voisine, où se sont installés son père et sa mère, Nyon, où elle a étudié la musique et la composition dès l’âge de 13 ans aux Ateliers du Funambule, puis à l’Academy of Contempory Music de Guildford dans le Surrey, en Angleterre, et le Brighton Institute of Modern Music, où elle a obtenu son bachelor. Cela en fait une très belle citoyenne du monde qui a toute légitimité de chanter en anglais.

Sa chanson, «Time to Shine», raconte l’histoire d’une fille qui accepte de se faire confiance et décide de quitter le royaume des ombres et de l’invisibilité pour entrer dans la lumière. «J’ai écrit cette chanson à un moment de ma vie où j’avais envie de ne plus me laisser dépasser par mes angoisses, la peur du regard des autres. J’avais envie d’apprendre à me faire confiance. Quand on arrive à croire en ses capacités, il n’y a plus rien qui nous retient. On a tous un guerrier en nous qui nous aide à repousser nos limites, à assumer qui l’on est et à laisser notre personnalité briller au grand jour, sans masque», dit-elle. Un discours étonnant dans la bouche d’une jeune femme qui accepte de voir que dans la vulnérabilité, il y a une certaine force. «Quand je suis partie en Angleterre, en 2010, je venais d’avoir 20 ans – j’ai emménagé le jour de mon anniversaire. J’ai laissé ma famille, mes amis ici. Je me suis retrouvée toute seule et j’ai dû apprendre à me faire confiance. Un an après, j’ai couché cette idée sur le papier.»

La rencontre s’est faite sur la terrasse du Métropole, en présence de Frédéric Luca Landi, couturier installé à Anvers qui a conçu la robe de scène de Mélanie René (secret tenu bien à l’abri d’un sac de voyage) et d’Eliane Dambre, le coach de la jeune femme depuis qu’elle a 13 ans. Celle-ci joue son rôle à la façon des publicists américaines. A savoir? Faire barrière de son corps s’il le faut entre tout intrus (journaliste) et sa protégée et dire grosso modo non à tout. Voir la robe? «Il n’en est pas question! Nous avons signé un contrat de confidentialité avec les organisateurs de l’Eurovision.» Voir le croquis, alors? Non plus. L’idée? «C’est une robe Time to Shine», dit-elle pour en finir. «C’est une robe qui la fait passer de l’ombre à la lumière», ajoute Frédéric Luca Landi, heureux comme un gosse d’oser outrepasser l’interdit. Mélanie René, elle, ne dit rien. Elle n’a pas encore fait les essayages.

La robe est apparue il y a quelques jours sur la page Facebook de la chanteuse-compositrice: une longue cape de mousseline noire qui s’ouvre sur un fourreau blanc au bustier entièrement brodé. L’ombre et la lumière. Et cela «shine» juste ce qu’il faut. C’est une robe haute couture, pas un costume de cirque: sobre, élégante, et très présente à la fois. Le couturier croit en ses chances de gagner. «Elle est jolie et a une super voix. Et sa chanson est bien», dit-il. Il a su saisir la personnalité de la chanteuse. Il lui faudra déjà pas mal de courage pour passer de l’ombre à la lumière, alors pas la peine en plus de l’embarrasser dans une atrocité vestimentaire comme on en voit sur la scène de l’Eurovision.

«Depuis le début, c’est un projet qui m’a apporté énormément, sur le plan tant musical qu’humain. Peu importe le résultat, j’ai gagné dans cette histoire, en expérience en tout cas. Et en tant que jeune chanteuse qui débute, cela m’a apporté une visibilité extraordinaire», souligne Mélanie René. Pour mémoire, le concours Eurovision de la chanson est regardé par 195 millions de téléspectateurs. Toute cette histoire a commencé un peu par hasard. «J’avais écrit des chansons dans l’optique de sortir un album de quatre ou cinq titres, et quand je les ai fait écouter à Eliane, elle a eu un coup de cœur pour «Time to Shine», explique la chanteuse. Elle l’a envoyée aux sélections de l’Eurovision. Une fois qu’ils ont accepté, c’est parti très vite. Je n’étais pas préparée pour un tel engouement médiatique. C’est incroyable!» «La chanson est classée dans les 100 meilleurs sur iTunes, souligne Eliane Dambre. On n’a pas voulu changer qui elle est: c’est sa chanson. Elle en est l’auteure et la compositrice.»

Dans la trajectoire d’une artiste, qu’elle soit en devenir ou déjà parvenue en haut de l’affiche, il est bon d’avoir un beau récit, quelque chose qui relève de la légende, ou de la réalité, qui fasse rêver, ou pleurer, qu’importe pourvu que cela marque les esprits et justifie un destin hors du commun. La belle anecdote, dans la biographie de Mélanie René, il faut la chercher dans son arbre généalogique. Sur la branche maternelle, plus précisément. «En faisant des recherches, ma mère a fait une découverte assez stupéfiante: dans ses origines, il y a un général français de la marine qui s’est marié à une princesse indienne. Je ne sais pas où elle a obtenu ces informations. Avec ma sœur, ça nous fait bien triper d’avoir du sang princier dans les veines.» Et elle rit. Parce qu’elle a 24 ans, qu’elle rayonne comme un soleil en ce doux mois d’avril. Et qu’il est «time to shine».

C’est une robe haute couture, pas un costume de cirque: sobre, élégante, et très présente à la fois. Le couturier croit en ses chances de gagner

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