Cinéma

«Méliès anticipe la pop des années 1960»

Le duo français Air a composé la BO du «Voyage dans la Lune». Il raconte sa nouvelle incursion dans le 7e art

Samedi Culturel: Avec «Le Voyage dans la Lune», vous prolongez votre expérience dans le 7e art, qui vous a vu réaliser notamment la BO de «Virgin Suicides» de Sofia Coppola. Quelles particularités présente le travail sur un film muet?

Nicolas Godin: Pour la première fois, nous avons été confrontés à une synchronicité absolue entre les images et les sons. C’est-à-dire que le film était pour une fois présenté comme un objet fini. On a pu ainsi faire un travail précis, entièrement calqué sur les images, sans subir les aléas du montage. Il nous est arrivé de voir des compositions disparaître avec les coupures au montage.

Jean-Benoît Dunckel: Le muet a beaucoup joué dans notre travail. Il fallait dans ce cas précis que la musique apporte elle aussi des lettres de noblesse à cette grande œuvre de Méliès. On a donc épousé la dramaturgie du film, avec ses images éclatées, ses atmosphères qui passent sans cesse du burlesque au féerique. Notre BO alterne elle aussi les registres. Elle débute de manière percutante et se fait progressivement plus apaisée.

Comment avez-vous prolongé cet habillage sonore de 14 minutes sur l’album, qui lui fait plus de 30 minutes?

Nicolas Godin: Cela s’est fait de manière très simple, en prolongeant les morceaux et en leur donnant un ordre différent par rapport à la BO. Il fallait une nouvelle dramaturgie et je crois qu’avec les années nous avons appris à raconter nos propres histoires, indépendamment des images. Nous avons rêvé notre Lune.

Jean-Benoît Dunckel: L’album a une tonalité pop que je trouve en phase avec l’univers de Georges Méliès. Il y a une partie organique très importante, avec des percussions, des timbales et de la batterie. Ce choix fait écho à la modernité du réalisateur, qui dévoile à travers Le Voyage un sens étonnant de l’anticipation. Quand on regarde le film, on ne peut pas s’empêcher d’y voir les signes précurseurs de la pop anglaise des années 60: les Beatles, l’univers de Sgt. Pepper’s résonne avec ce film.

Qu’avez-vous ressenti le jour de la présentation du film au Festival de Cannes?

Jean-Benoît Dunckel: Comme un moment de vérité. Cette BO présentait un double défi: celui de contenter les cinéphiles, mais aussi celui de ne pas trahir le public qui nous suit. D’une certaine manière, on nous attendait au tournant. Je crois que nous avons réussi notre mission.

Nicolas Godin: Nous avons aussi l’habitude de changer notre fusil d’épaule. Nous sommes conscients que chaque album, chaque projet, attire de nouveaux auditeurs mais en fait partir d’autres.

Publicité