Drôle de Katherine Müller. Invitée à exposer dans une galerie baptisée Rouge, elle y amène des toiles roses, ou noires, ou rose et noir. Et sur ces toiles parfaitement lisses, en aplats soigneusement tirés, que délimitent d'imperceptibles nuances chromatiques ou un traitement différent de la surface, elle inscrit tout soudain l'image hyperréaliste, et poétique, d'un oiseau. Pas n'importe quel oiseau, l'un des plus jolis de nos jardins, le chardonneret. Sa présence raffinée et sa facture léchée, et néanmoins sa nature presque onirique, dans ce contexte, répondent au motif de la croix, en noir sur fond noir, ou en rose orangé sur fond blanc.

Un tout harmonieux

L'exposition, qui forme un tout harmonieux, une mélodie en rose, s'intitule Saving grace. Ces termes apparaissent sur l'un des tableaux, en petites lettres majuscules claires dans tout le noir. La grâce, qui n'est pas mignardise ni simple joliesse, survit au traitement abrupt auquel tout ou presque se voit soumis dans notre société moderne. Elle survit aussi aux tentatives à la limite du kitsch qui caractérisent cet ensemble de peintures. C'est que le motif (gracieux) de l'oiseau ou la présence atténuée, mais précise, d'éléments ornementaux tout en arabesques interviennent dans une mise en scène d'une extrême discrétion.

Pourquoi pas le rose, s'il contraste avec le noir et le blanc et adopte une nuance délicate? Pourquoi se priver de l'allusion à la grâce toute naturelle de la gent ailée? Cette évidence de l'art, Katherine Müller parvient, comme par miracle, à la restituer, par le biais de ses panneaux sobres et monumentaux, qui délimitent sans enfermer. Elle associe sans fausse note la figuration et les emblèmes de l'abstraction, le motif de la croix, le monochrome.

Katherine Müller – peintures. Rouge, galerie du Centre culturel (place du Casino 1, Morges, tél. 021/804 97 26). Me-di 14h-18h. Jusqu'au 21 février.