Il y a quelques jours, c’était l’anniversaire d’Arthur Rimbaud. L’auteur du «Dormeur du val» est né le 20 octobre 1854, à Charleville, au 12 de la rue Napoléon, aujourd’hui Bérégovoy et piétonne, artère commerçante de Charleville-Mézières dans les Ardennes françaises. Sur les murs de la maison de pierres jaunes, assez haut placée, une plaque salue la venue au monde en ce lieu du «poète et explorateur». L’écrivain et le voyageur, les deux faces de la vie de Rimbaud, déjà.

Il faut repartir ensuite vers la place Ducale, traverser ce beau décor de place des Vosges – les deux places, la parisienne et l’ardennaise sont apparentées – et descendre, en face, la rue du Moulin jusqu’à la Meuse. Là, dans une maison bâtie sur la rivière, siège le musée dédié au poète. La visite commence par le grenier où des haut-parleurs donnent à entendre les textes de Rimbaud. De l’anglais, de l’espagnol… du français! «Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin!/ L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière;/ Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –/A des parfums de vigne et des parfums de bière.» Mais où sont les tilleuls de Charleville et leurs bractées jaunies par l’automne? Par les fenêtres du grenier, on aperçoit des frondaisons. Est-ce que ce sont eux?

On suit le «sens de la visite». Dans les étages inférieurs, une toile brossée à la hâte intitulée Rimbaud blessé, signée d’un certain Jef Rosman. Peintre belge inconnu. Elle aurait été peinte en 1873 à Bruxelles, l’année même où Verlaine tire au pistolet sur Rimbaud. Des dessins du poète enfant, quelques portraits posthumes aussi: Fernand Léger, Ernest Pignon-Ernest, qui collera ses grands Rimbaud de papier en 1978 sur les murs de Charleville. Et puis, surtout, il y a cette valise de cuir, aux sangles multiples qui dit, encore une fois, les voyages… On peut aller encore au cimetière, où Vitalie – sa sœur morte à 17 ans – et Arthur – mort à 37 ans – sont côte à côte dans leurs tombes blanches.

Mais le lieu qui, à Charleville, rend peut-être l’hommage le plus vrai à Arthur Rimbaud, c’est la Maison des ailleurs. Elle est à deux pas du musée, le long de la Meuse, sur un quai désormais nommé Arthur Rimbaud. La Maison des ailleurs est une sorte d’anti-musée, une vieille demeure vide, froide, où nous dit-on la famille Rimbaud a vécu, au premier étage, dans un appartement de 1869 à 1875. On ne voit que des murs et des espaces vides et – par projections – l’évocation d’autres lieux, Bruxelles, Londres, Marseille, Java… Voilà qui dit bien cette vie de fugues et de départs.

En se promenant à Charleville, en suivant les traces du poète, en s’amusant à la vue de tel magasin de vin nommé Les Illuminations, ou de tel coiffeur qui cite un vers pour vanter ses coupes, on mesure à quel point les débats autour de Rimbaud au Panthéon sont absurdes.

On comprend que le poète est toujours en partance, aujourd’hui comme hier. En tout cas, il n’est jamais là où on croit le saisir. On ne le rencontrera pas plus au Panthéon qu’à Charleville où pourtant des murs et de rares objets émeuvent et le racontent un peu. Mais ces objets et ces murs clament surtout son caractère insaisissable et irréductible. Impossible d’attacher Rimbaud quelque part.

Non, décidément, le seul endroit où rencontrer Arthur Rimbaud, ce sont ses textes, ses lettres, et, sans doute, nos propres rêves de lointains où il a choisi lui-même de s’évader.

Lire aussi: 

L'énigme du lecteur: comment le trouver, comment le rejoindre?

Comment la littérature nous donne à voir d'invisibles images

Quand les poètes redonnent du coeur au lecteur